Notice biographique
(Sidi Muḥammad Radi Kettani al-Idrissi al-Hassani)
Le professeur chérif Sidi Muḥammad Radi Genoune al-Idrissi al-Hassani compte parmi les grandes figures contemporaines qui ont rendu un service exceptionnel au patrimoine tijani, en particulier à travers son œuvre remarquable de collecte, de sauvegarde, d’édition critique, de publication et de diffusion des écrits du grand savant et gnostique Sidi Ahmed SKIREDJ.
Selon le témoignage d’Ahmed ben Abdallah SKIREDJ, la famille SKIREDJ vivait depuis longtemps dans l’attente de la réalisation d’une annonce faite par le qadi et gnostique Sidi Ahmed SKIREDJ, qui avait déclaré avant sa mort qu’un homme viendrait cinquante ans après son décès pour faire revivre ses livres, les sortir à la lumière et les diffuser. Cette parole semblait mystérieuse, jusqu’à ce qu’en 1995, exactement cinquante ans après son décès, Sidi Muḥammad Radi Kettani se présente pour récupérer et mettre en valeur cet héritage manuscrit. Beaucoup y virent alors un signe providentiel.
Il entreprit ensuite un travail extrêmement difficile sur ces manuscrits anciens : les sortir, les nettoyer, les exposer au soleil, les préserver, les lire malgré leur fragilité et parfois malgré les insectes et les dégâts matériels qui les affectaient. Ce fut un labeur personnel, long et exigeant, accompli avec endurance et dévouement.
Sa lignée
Sidi Muḥammad Radi Kettani appartient à une noble famille chérifienne idrisside hassanide. Sa généalogie remonte, à travers une chaîne de saints et de descendants honorables, à Moulay Idriss al-Azhar, fondateur de Fès, puis à Moulay Idriss al-Akbar, puis à Abdallah al-Kamil, puis à al-Hassan al-Muthanna, puis à al-Hassan al-Sibt, fils de Moulay Ali et de Sayyidatuna Fatima al-Zahra, fille du Prophète Muḥammad, paix et bénédiction sur lui.
Il appartient ainsi à la famille Genoune / Kénounie originaire de la région de Ouezzane, une famille réputée pour sa noblesse, sa science et sa piété.
Naissance et formation
Il est né le 23 Chaabane 1378 H / 3 mars 1959 à Ben Slimane, dans la région de Casablanca. Son enfance commença en partie à Tétouan, où il apprit à lire et à écrire et mémorisa le Coran selon la lecture de Warsh d’après Nafiʿ. Sa famille s’installa ensuite à Rabat, où il poursuivit de manière régulière ses études primaires, secondaires et supérieures, jusqu’à obtenir de hauts diplômes universitaires en études islamiques.
Il séjourna également en Mauritanie pendant environ huit années, où il approfondit encore sa formation et obtint d’autres diplômes élevés. Cette double formation, marocaine et mauritanienne, contribua à élargir ses horizons dans les sciences islamiques, le soufisme, la méthode critique et le travail sur les manuscrits.
Ses maîtres et son rattachement à la Tijāniyya
Il reçut le wird de la Tijāniyya en 1974, à l’âge de 15 ans, des mains du faqih chérif Sidi Mohammed ben Abdallah, muqaddam de la zawiya tijanie de Rabat. Un détail symbolique est souvent rapporté à ce sujet : son nom fut le dernier inscrit dans le registre où ce maître notait les noms des disciples recevant le wird.
Il fut ensuite en relation étroite avec plusieurs grands maîtres et muqaddams de la voie, parmi lesquels :
Sidi Haj Mohammed Zerhouni, imam de la zawiya tijanie de Rabat, près du tombeau de Sidi Mohammed al-ʿArabi ben al-Sa’ih
Sidi Ahmed al-Shiyadmi, avec qui il entretint une relation fondée notamment sur une vision significative
Sidi Haj Lhsen al-Fatwaqi, qu’il accompagna pendant de longues années et qu’il servit avec une fidélité remarquable
Moulay Hassan al-Kattiri, l’un des grands hommes de réalisation spirituelle de son temps
Sidi Mohammed ben al-Mamoun al-Sibaʿi à Safi
Sidi Abdelqader ben Sidi al-Mahjoub al-Shuʿaybi al-ʿAbdi
Sidi Haj Mohammed Aqsbi
Sidi Mohammed al-ʿOmrati
Son rattachement à la Tijāniyya ne fut donc pas limité à une simple prise de wird : il fut nourri par la compagnie, la formation spirituelle, la transmission vivante et la fréquentation des grands hommes de la voie.
Sa personnalité et son rang
Ceux qui l’ont connu ont vu en lui un homme alliant science vaste, discipline, persévérance, ouverture d’esprit et énergie de travail. Ahmed ben Abdallah SKIREDJ le décrit comme un homme plein de vigueur intellectuelle, toujours actif, capable d’intégrer des idées nouvelles et d’apprécier les outils modernes susceptibles de servir la diffusion du savoir.
Il a aussi supporté avec patience les critiques, les incompréhensions et parfois la jalousie de certains, sans jamais abandonner son projet scientifique. Il apparaît ainsi comme un homme de service, de constance et de fidélité au patrimoine.
Son rôle dans la renaissance de l’héritage de Sidi Ahmed SKIREDJ
L’une des dimensions majeures de son œuvre réside dans le fait qu’il fut l’un des principaux artisans de la renaissance moderne de l’héritage de Sidi Ahmed SKIREDJ. Il ne s’est pas contenté de conserver les manuscrits : il les a retrouvés, classés, étudiés, édités, publiés et fait connaître.
Dans bien des cas, ce travail fut accompli dans des conditions matérielles difficiles, face à des manuscrits abîmés par le temps, les insectes et l’abandon. Son effort doit ainsi être compris comme une véritable œuvre de sauvetage intellectuel et spirituel.
Ses écrits
Le professeur Sidi Muḥammad Radi Genoune est l’auteur de plus de 160 ouvrages, relevant notamment de :
l’édition critique
l’explication et le commentaire
la recherche historique
l’écriture doctrinale et spirituelle
les études sur la Tijāniyya
la valorisation du patrimoine manuscrit
Cette abondance témoigne de la richesse de sa production, de l’ampleur de ses lectures et de la profondeur de son engagement scientifique.
Conclusion
Le professeur chérif Sidi Muḥammad Radi Genoune al-Idrissi al-Hassani représente l’une des figures contemporaines les plus importantes dans la préservation et la transmission du patrimoine tijani et marocain. Héritier d’une noble lignée, formé dans les sciences islamiques, enraciné dans la voie tijanie et auteur extrêmement prolifique, il a joué un rôle central dans la résurrection d’une partie considérable de l’œuvre de Sidi Ahmed SKIREDJ et dans sa mise à disposition des chercheurs et des disciples.
























