Skiredj Library of Tijani Studies

Auteurs et figures savantes

Un répertoire vivant des savants, auteurs, muhaqqiqs et traducteurs liés au patrimoine Tijani, avec recherche et tri alphabétique.

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Fiches

A-Z

Recherche et tri

Profils à rôles multiples

A

Aḥmad bin Muham bin al-Abbas al-Alawi al-Shinqiti

Auteur

Aḥmad bin Muham bin al-Abbas al-Alawi al-Shinqiti

Sidi Ahmed ben Moham Alaoui Chenguiti Sidi Ahmed Ham ben al-Abbas Alaoui Chenguiti compte parmi les grandes figures de la famille alaouie tijanie en pays mauritanien. Il fut à la fois savant, homme de piété et figure spirituelle reconnue, et sa mémoire a été conservée notamment grâce au témoignage de son fils, auteur du livre Rawd Shamāʾil Ahl al-Haqīqa fī al-Taʿrīf bi-Baʿḍ Rijālāt Ahl al-Tarīqa. Issu d’une grande famille tijanie de Chinguetti, réputée pour son enracinement dans le savoir, la sainteté et la noblesse, il occupa une place importante dans le milieu savant de son époque. Le grand érudit Muḥammad al-Hajjouji, dans le cinquième volume de son ouvrage Ithaf Ahl al-Maratib al-ʿIrfaniyya, le présente avec des qualificatifs particulièrement élogieux, le décrivant comme un grand savant, un imam, un saint accompli, un homme de bien parvenu spirituellement, et une bénédiction éminente. Son propre fils rapporte dans Rawd Shamāʾil Ahl al-Haqīqa qu’il a vu de sa main des notes et invocations relevant des adhkār réservés aux plus hauts initiés de la voie, ce qui témoigne du rang spirituel élevé de son père au sein de la tradition tijanie. Dans son pays, Sidi Ahmed Ham était célèbre pour sa maîtrise exceptionnelle des livres et des questions difficiles. Les gens de sa région lui donnaient un surnom local signifiant en substance qu’il savait faire sortir ce qui est caché dans les livres, c’est-à-dire extraire avec une étonnante facilité les questions complexes, les subtilités juridiques et les raisonnements les plus délicats. Il était particulièrement connu pour sa capacité à résoudre les problèmes théoriques et les questions ardues sans effort apparent. Il consacra une grande attention aux questions rares de fiqh et aux notations savantes, ce qui lui valut une réputation de précision et de profondeur. À une époque où la voie tijanie faisait l’objet d’attaques et de critiques dans certains milieux, plusieurs savants se tournaient vers lui lorsqu’ils entendaient des objections ou des accusations. Il répondait alors avec des explications solides, capables de rassurer les esprits et d’apaiser les cœurs. Une anecdote célèbre illustre cela : lorsqu’une parole étrange fut attribuée au cheikh al-Tijani et que certains crurent qu’on ne pourrait y répondre, Sidi Ahmed Ham donna une réponse subtile fondée sur la notion de secret spirituel et de discrétion initiatique, et les savants présents reconnurent alors la justesse de sa réponse. Sa réputation ne se limitait pas au savoir. Son fils rapporte également qu’après sa mort, on entendait souvent la récitation du Coran près de sa tombe, surtout la nuit, et que l’on voyait parfois une lumière en sortir. Il rapporte aussi qu’il fut tué injustement en martyr, alors qu’il accomplissait la prière du Duha, après avoir conservé le même état d’ablution depuis la prière de la nuit et celle de l’aube. Sa tombe acquit une telle renommée qu’elle en vint à désigner à elle seule le cimetière où il reposait, ce qui montre l’importance de sa mémoire dans la conscience collective locale. On rapporte encore que son propre père était lui aussi un homme de sainteté, connu pour la discrétion spirituelle, l’ascèse et le jeûne constant. Parmi les récits de karāmāt transmis dans la famille, l’un évoque un chameau égaré qu’il aurait symboliquement retenu, avant d’indiquer à son propriétaire de rendre une lanière appartenant à d’autres, l’objet ayant ensuite été reconnu. Au total, Sidi Ahmed ben Moham Alaoui Chenguiti apparaît comme une figure majeure de la tradition savante et spirituelle de Chinguetti, réunissant science religieuse, finesse juridique, enracinement soufi et autorité morale.

Auteur

Aḥmad ibn al-Ḥājj al-ʿAyyāshī SKIREDJ

Sidi Ahmed Ben ʿAyyāshī SKIREDJ Sidi Ahmed Ben ʿAyyāshī SKIREDJ (1878–1944) est l’un des grands savants marocains de la ville de Fès. Juriste, théologien, soufi, écrivain et poète, il a marqué son époque par une production intellectuelle exceptionnelle dépassant les deux cents ouvrages. Naissance et origine Il naît à Fès en avril 1878 (1295 H) dans une famille réputée pour son savoir et son influence intellectuelle. Cette famille a donné naissance à plusieurs érudits et écrivains, dont le poète et écrivain Mohammed Ben Ṭayyib SKIREDJ et l’historien Abdel Salam Ben Ahmed SKIREDJ. Formation Il reçoit son éducation à Fès sous la supervision de son père, Al-Ḥajj ʿAyyāshī Ben Abderrahmane SKIREDJ.Il poursuit ensuite ses études à l’Université Al-Qarawiyyine où il se distingue dans plusieurs disciplines : fiqh (jurisprudence islamique) langue arabe grammaire hadith et sira tasawwuf littérature et poésie Il étudie auprès de plusieurs grands savants de Fès. Œuvres Sidi Ahmed SKIREDJ est l’auteur de 204 ouvrages, couvrant la jurisprudence, la spiritualité, l’histoire et la littérature. Son attachement aux livres et à l’étude était remarquable : il consacrait la majorité de son temps à lire, écrire et commenter des textes. Fonctions Il occupa plusieurs fonctions importantes : Administrateur des Habous de Fès Jdid (1914–1918) Juge à Oujda (1919–1922) Membre de la Haute Cour aux Aâtabs Chérifiens de Rabat (1922–1924) Juge à El Jadida (1924–1928) Juge à Settat (1928–1944) Il exerça cette dernière fonction jusqu’à son décès. Spiritualité Il rejoint la Tariqa Tijāniyya en 1898 à l’âge de 21 ans. Il approfondit sa connaissance de cette voie spirituelle par l’étude de ses ouvrages et la pratique de ses invocations. Poésie La poésie occupe une place majeure dans son œuvre. Il a laissé une importante production poétique caractérisée par la richesse stylistique et la profondeur des significations. Parmi ses œuvres : 15 recueils de poésie en louange du Prophète Muḥammad 3 recueils en louange de Cheikh Aḥmad al-Tijānī Élèves De nombreux savants et personnalités ont bénéficié de son enseignement, notamment : le sultan Moulay Abdelhafid le cheikh Ibrahim Niass plusieurs érudits du Maroc et d’Afrique de l’Ouest Décès Il décède le 12 août 1944 après des complications liées au diabète. Il est enterré près du mausolée du Qadi Ayyad à Marrakech. Sa disparition fut largement ressentie dans les milieux savants au Maroc et dans plusieurs pays musulmans.

S

Sidi al-Arabi al-Alami al-Lahyani

Auteur

al-Arabi al-Alami al-Lahyani

Sidi Muḥammad Arbi Alami Lahyani, de son nom complet Sidi Muḥammad Al-Arabi Ben Idriss Ben Muḥammad Ben Al-Arabi Ben Omar Al-Alami Al-Lahyani, est l’un des grands savants de Fès et l’une des figures importantes de la Tijāniyya au XIXe siècle. Il allia la formation savante, la maîtrise de la récitation coranique et la réalisation spirituelle, ce qui lui valut une place distinguée dans les milieux religieux et soufis de son époque. Naissance et origine Il naît en 1226 H / 1811 à Fès, dans la maison familiale située à Derb at-Twil, à proximité de la zawiya du grand savant Sidi Muḥammad Ben al-Hassan Bennani, auteur de la célèbre glose sur Az-Zurqani. Il grandit dans cet environnement de savoir et de piété, puis mémorise le Coran avec soin selon les sept lectures, sous la direction du savant Sidi Idriss Ben Abdallah al-Wadghiri, surnommé al-Bakraoui. Formation Après sa mémorisation du Coran, il entre à l’Université Al-Qarawiyyine, où il reçoit l’enseignement de plusieurs grandes figures savantes de Fès. Parmi ses maîtres les plus connus : Sidi Muḥammad Badr ad-Din al-Hammoumi Sidi Muḥammad al-Amin az-Zizi al-Hassani al-Alawi Abu al-Hassan Ali at-Tassouli Abu al-Hassan Allal al-Marini Sidi Muḥammad Ben Abd ar-Rahman al-Filali al-Hajrati Sidi Muḥammad at-Talib Ben al-Ḥajj Sidi Ahmed Bennani Kalla Sidi at-Talib Ben Abd ar-Rahman as-Sarraj Sidi Idriss Ben Abdallah al-Bakraoui Sidi Abu Bakr Ben Kiran Grâce à cette solide formation, il acquit une place reconnue parmi les savants de son temps. Lien avec la Tijāniyya Sidi Muḥammad Arbi Alami Lahyani fut l’un des grands représentants de la Tijāniyya. Il reçut la voie et ses autorisations spirituelles de plusieurs grandes figures de la tradition tijanie. Il la reçut d’abord du muqaddam Sidi Abi Ya‘za Ben al-Khalifa al-Wasita Sidi Haj Ali Harazem Barrada, qui lui donna une autorisation importante. Il fut ensuite autorisé une deuxième fois par le chérif béni Sidi Muḥammad al-Ghali Abu Talib, le dimanche soir 17 Joumada ath-Thaniya 1240 H. Il reçut une troisième autorisation du célèbre pôle Sidi Haj Ali at-Tamasini, sur ordre de Sidi Muḥammad al-Habib, fils de Sīdī Aḥmad al-Tijānī. Celui-ci lui adressa personnellement une recommandation spéciale, lui permettant de désigner cinquante muqaddams avec une autorisation limitée et non transmissible. Ce document lui fut envoyé à Fès par l’intermédiaire du chérif Sidi Ahmed al-Abdallaoui. Enfin, il fut autorisé une quatrième fois par le célèbre muqaddam Sidi Muḥammad Ben Abdelouahed Bennani al-Masri. Ces multiples autorisations témoignent de la confiance exceptionnelle qu’il inspirait aux grandes figures de la voie. Rayonnement scientifique et spirituel Il réunit en sa personne la science religieuse, la connaissance spirituelle et la pédagogie soufie. Son parcours montre l’alliance entre la formation savante de la Qarawiyyine et l’enracinement profond dans la tradition tijanie. Il fut ainsi l’un des hommes qui contribuèrent à renforcer la présence de cette voie dans son environnement. Installation à Zerhoun Il quitta ensuite Fès pour s’installer dans la région de Zerhoun, plus précisément dans le village de Moussaoua, où il poursuivit son activité spirituelle et son rayonnement jusqu’à la fin de sa vie. Décès Il décède dans sa maison à Moussaoua, dans la nuit du samedi 15 Joumada ath-Thaniya 1320 H / 19 septembre 1902, et y fut enterré. Son tombeau devint par la suite connu et visité pour sa baraka, ce qui montre la place qu’il continua d’occuper dans la mémoire religieuse locale. Héritage Sidi Muḥammad Arbi Alami Lahyani a laissé un héritage à la fois scientifique et spirituel. Son nom reste associé à la tradition savante de Fès, à l’enseignement de la Qarawiyyine et à l’enracinement de la Tijāniyya dans plusieurs régions du Maroc. Il demeure ainsi l’une des figures respectées de cette histoire religieuse et intellectuelle.

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al-Ḥajj al-Husayn al-Ifrani

Auteur

al-Ḥajj al-Husayn al-Ifrani

Sidi Haj Hussain Ifrani Sidi Haj Hussain Ifrani (1832–1910) est l’un des grands savants du Souss et une figure majeure de la voie Ahmadiyya Tijāniyya au Maroc. Juriste, traditionniste, lettré et soufi, il a marqué son époque par son enseignement, ses écrits et son action spirituelle dans le sud du Maroc. Naissance et formation Il naît en 1832 (1248 H) à Tankert, dans la région du Souss. Il y reçoit les premières bases du fiqh, du hadith et de la langue arabe, avant de poursuivre sa formation à Fès et à Marrakech auprès de grands savants. Après ses études, il retourne dans le Souss où il se consacre à l’enseignement et à la consultation juridique, notamment dans les écoles traditionnelles de Tazeroualt, Aït Rkha et Sidi Bou Abdelli. Profil intellectuel Sidi Haj Hussain Ifrani était reconnu comme faqih, spécialiste du hadith, homme de lettres et maître soufi. Il occupait une place importante dans la vie intellectuelle et religieuse de son temps, particulièrement dans le Souss, où il forma de nombreux élèves et contribua à la diffusion du savoir religieux. Sa bibliothèque et l’épreuve du pillage Il possédait une bibliothèque précieuse contenant des ouvrages rares, pratiquement introuvables dans la région à cette époque. En raison de leur valeur, sa maison située à Souk (Tankert) fut attaquée par des voleurs, qui emportèrent environ 1600 livres. À la suite de cet événement, il s’installa à Tiznit, où l’autorité makhzénienne lui attribua une maison dans laquelle il passa le reste de sa vie. Une zawiya tijanie y fut également établie à proximité. Œuvres Il a laissé plusieurs ouvrages dans les domaines de la spiritualité, de la réforme morale, de la défense des savants et de la voie tijanie. Parmi ses œuvres les plus connues : Tiryâq al-Qulûb fî Adwâ’ al-Ghafla wa adh-Dhunûb Al-Khawâtim adh-Dhahabiyya fî al-Ajwiba al-Qashâshiyya Qam‘ al-Mu‘ârid al-Muftarî al-Fattân Kashf al-Ghitâ fî man Takallama fî ash-Sheikh at-Tijânî bil-Khata’ Al-Majâlis al-Muhabbara al-Fâ’ida Izhâr al-Haqq wa as-Sawâb Rawd al-Akyâs wa Mahabb ar-Rahamât Ta‘lîq ‘alâ Kitâb ad-Durra al-Kharîda Ses écrits témoignent de l’étendue de son savoir et de son engagement dans la transmission spirituelle et doctrinale. Lien avec la Tijāniyya Il reçut la Tijāniyya du grand savant Aknsous en 1875 (1292 H). Il fut ensuite autorisé dans cette voie par Sidi al-Arabi Ibn as-Sayih ash-Sharqi al-‘Umari en 1887 (1304 H), ainsi que par Sidi Ahmed Bennani Kalla al-Fassi. Il compte parmi les grandes figures de la voie tijanie au Maroc, en particulier dans le Souss. Décès Il décède le 9 octobre 1910 (4 Shawwal 1328 H), soit deux ans avant l’instauration du protectorat français au Maroc. La prière funéraire fut dirigée par le grand savant Sidi Mustapha Maâ al-Aynayn, et il fut enterré dans la zawiya tijanie de Tiznit. Héritage Sidi Haj Hussain Ifrani a laissé une empreinte durable dans l’histoire intellectuelle et spirituelle du Maroc. Sa vie, son enseignement et ses œuvres ont fait l’objet de nombreuses notices biographiques et études, preuve de l’importance de son héritage.

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al-Ḥājj Malik Sy

Auteur

al-Ḥājj Malik Sy

Sidi Haj Malik Sy Sidi Haj Malik Sy figure parmi les plus grands représentants de la Tijaniyya au Sénégal. Savant, éducateur spirituel, auteur et guide, il a joué un rôle central dans la diffusion, l’enracinement et l’organisation de la voie tijanie dans son pays, au point que son nom demeure indissociable de la ville de Tivaouane. Il s’appelait Sidi Haj Malik ben Othman ben Mouadh ben Mohammed ben Ali ben Youssef al-Joulfi. Il appartenait à la lignée des Tekrour, issue des tribus peules, dont le foyer principal se situe dans le bassin du fleuve Sénégal, notamment dans la région de Saint-Louis. Il naquit dans le village de Gaya, à l’ouest de la région de Dagana, dans le nord du Sénégal. Né orphelin de père, il grandit cependant dans un environnement intellectuel fécond, car son père, qui était un grand savant, lui laissa une bibliothèque précieuse, riche en ouvrages, manuscrits et références rares. Cet héritage joua un rôle déterminant dans sa formation. Après avoir mémorisé le Coran dès son plus jeune âge à Gaya, il étudia les sciences religieuses, linguistiques et littéraires auprès de plusieurs maîtres éminents de son pays. Il voyagea aussi à travers différentes villes du Sénégal pour compléter sa formation, jusqu’à devenir l’un des plus grands savants du pays. Son installation à Tivaouane s’explique par une demande précise des notables de la région. Ceux-ci recherchaient un savant compétent en tafsir, capable d’enseigner à eux-mêmes ainsi qu’à leurs enfants une lecture rigoureuse et sûre du Coran. Ayant entendu parler de la science et du rang de Haj Malik, ils insistèrent pour qu’il vienne s’installer chez eux afin d’y enseigner les sciences religieuses, en particulier l’exégèse. Il accepta, et son arrivée à Tivaouane en 1318 H / 1900 marqua le début d’une nouvelle étape de son rayonnement. Sidi Haj Malik Sy fut également un auteur prolifique. Ses ouvrages témoignent de l’étendue de son savoir en fiqh, en doctrine de la voie, en langue, en littérature et en questions religieuses diverses. Parmi ses œuvres les plus connues figurent : Khulasat al-Dhahab, sur la biographie du meilleur des Arabes Hizb al-Yamani wa Ghayat al-Amani Qantarat al-Murid Al-Kawkab al-Munir Rayy al-Zam’an, sur la naissance du maître des Banû ‘Adnân Fakihat al-Tullab Wasilat al-Muqarrabin Tabshir al-Ikhwan Zajr al-Qulub Wasilat al-Mujrimin Wasilat al-Muna Une épître sur l’établissement du jeûne par le télégraphe Une épître sur la zakat Une réfutation d’un négateur d’al-Asqam Une réfutation de certains contradicteurs Il reçut la voie tijanie de son oncle maternel Alfa Mayoro, lequel l’avait lui-même reçue du maître gnostique Sidi Mawlud Fal al-Yaʿqoubi, puis ensuite du grand pôle combattant Sidi Haj Omar al-Fouti. Son rattachement s’inscrit donc pleinement dans la grande chaîne tijanie de l’Afrique de l’Ouest. Par son action, la voie connut une large expansion dans tout le Sénégal et au-delà. Il mourut, رحمه الله, le samedi 5 Dhou al-Qi‘da 1340 H / 30 juin 1922, à Tivaouane, où il fut enterré. Son mausolée y reste jusqu’à aujourd’hui un lieu de visite et de bénédiction. Le grand érudit Sidi Ahmed Skiredj lui rendit un hommage appuyé. Dans son ouvrage Jinayat al-Muntasib al-ʿAni, il le présente comme l’un de ceux qui ont écrit avec excellence sur la voie tijanie, et dont les ouvrages montrent clairement qu’ils émanent d’hommes accomplis, bénéficiant d’une ouverture spirituelle. Il souligne aussi que Haj Malik a exercé la tarbiya, guidé un très grand nombre de disciples, et uni à cela ascèse, piété, dévouement au bien des hommes et détachement des biens matériels. Dans son poème de voyage Taj al-Ru’us, Skiredj le loue également en ces termes : « Je le remercie, et je remercie aussi Malik,dans son pays, pour la croissance de ses bienfaits… » Enfin, son poème Fakihat al-Tullab est considéré comme l’un des textes de référence sur le fiqh de la voie tijanie. Il expose de manière structurée ses conditions, ses obligations et ses قواعد, au point d’être devenu un manuel de référence, surtout au Sénégal et dans les régions voisines. Les disciples l’ont largement mémorisé et transmis. Ce texte est aussi remarquable par son inspiration profonde du Rimah de Sidi Omar al-Fouti. Il en suit la méthode, l’esprit et la structure doctrinale, ce qui manifeste la fidélité de Haj Malik à cette grande école spirituelle et intellectuelle de l’Afrique de l’Ouest. Ainsi, Sidi Haj Malik Sy apparaît comme un savant éducateur, un auteur majeur et un pilier de l’expansion tijanie au Sénégal, dont l’influence se poursuit à travers ses disciples, ses livres et le rayonnement spirituel de Tivaouane.

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Sidi al-Ḥajj ʿAlī Ḥarāzim Barrada

Auteur

al-Ḥajj ʿAlī Ḥarāzim Barrada

Sidi Haj Ali Harazem Sidi Haj Ali Harazem, de son nom complet Sidi Haj Ali Harazem Ben Al-Arabi Barrada Al-Fassi, est l’une des figures les plus importantes de la voie Ahmadiyya Tijāniyya. Connu comme un grand maître spirituel et l’un des plus célèbres khalifes de Sīdī Aḥmad al-Tijānī, il occupe une place centrale dans l’histoire de la tradition tijanie, notamment grâce à son lien avec le célèbre ouvrage Jawahir al-Ma‘ani. Naissance et origine Il est né à Fès, dans une famille noble, ancienne et réputée, comptant parmi les grandes familles de la ville. Il grandit dans un environnement marqué par l’honneur, la culture et la spiritualité, ce qui favorisa très tôt sa formation intérieure et son rayonnement futur. Les sources insistent sur la dignité de son origine et sur la haute considération dont bénéficiait sa famille dans la société fassie. Rayonnement spirituel et scientifique Sidi Haj Ali Harazem est décrit dans les ouvrages biographiques comme un maître accompli, un guide spirituel accompli, un éducateur des disciples et un homme de réalisation intérieure. Il fut considéré comme l’un des plus grands proches de Sīdī Aḥmad al-Tijānī, au point d’être présenté comme son plus grand khalife. Dans la tradition tijanie, il est souvent désigné comme le dépositaire d’un secret spirituel majeur, et les textes rapportent que le Sīdī Aḥmad al-Tijānī lui accordait une place exceptionnelle parmi ses compagnons. Rencontre avec Sīdī Aḥmad al-Tijānī Sa rencontre avec Sīdī Aḥmad al-Tijānī occupe une place essentielle dans sa biographie. Les sources indiquent que son rattachement au cheikh fut précédé d’une vision spirituelle, puis confirmé lors de leur rencontre à Oujda en 1191 H, alors que le cheikh se rendait depuis Tlemcen vers la visite de Moulay Idriss. À partir de cette rencontre, il devint l’un de ses plus proches disciples, puis son khalife. Les récits tijanis le présentent comme un homme de grande ouverture spirituelle, favorisé par des visions, des inspirations et une intimité particulière avec les réalités de la voie. Œuvres Outre Jawahir al-Ma‘ani, Sidi Haj Ali Harazem est l’auteur d’autres écrits importants, parmi lesquels : Risalat al-Fadl wal-Imtinan ila Kaffat al-Ahbab wal-Ikhwan Al-Kanz al-Mutalsam fi Haqiqat Sirr Ismihi al-A‘zam Al-Irshadat ar-Rabbaniyya bil-Futuhat al-Ilahiyya min Fayd al-Hadra al-Ahmadiyya at-Tijāniyya Ces ouvrages occupent une place importante dans la littérature spirituelle tijanie et témoignent de sa profondeur doctrinale et de sa haute réalisation intérieure. Jawahir al-Ma‘ani Le nom de Sidi Haj Ali Harazem reste particulièrement lié à Jawahir al-Ma‘ani, l’un des ouvrages fondamentaux de la Tijāniyya. Ce livre a joué un rôle majeur dans la transmission des enseignements, des paroles et des orientations spirituelles de Sīdī Aḥmad al-Tijānī. Il demeure aujourd’hui encore un texte de référence pour comprendre l’histoire, les principes et la spiritualité de la voie tijanie. Rôle dans la Tijāniyya Sidi Haj Ali Harazem fut l’un des piliers de la voie Ahmadiyya Tijāniyya. Il joua un rôle essentiel dans la préservation, la transmission et la mise en ordre de son héritage spirituel. Grâce à lui, une part importante des enseignements attribués au cheikh fondateur a été transmise aux générations suivantes. Sa place dans la mémoire tijanie est donc unique, à la fois comme compagnon privilégié, khalife majeur et auteur de textes de référence. Décès Il décède au Hijaz, raison pour laquelle certaines sources le décrivent comme fassi de naissance et de formation, hijazi de décès. Sa mort a conservé dans la tradition une portée symbolique et spirituelle particulière. Héritage Sidi Haj Ali Harazem a laissé un héritage considérable dans l’histoire du soufisme marocain et de la Tijāniyya. Son nom demeure associé à la fidélité au cheikh Sīdī Aḥmad al-Tijānī, à la transmission des enseignements de la voie, et à la rédaction de textes majeurs qui continuent à nourrir la mémoire spirituelle et savante de cette tradition.

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al-Ṭayyib ibn Aḥmad al-Sufyānī

Auteur

al-Ṭayyib ibn Aḥmad al-Sufyānī

Sidi Tayeb Soufiani Sidi Tayeb Soufiani, de son nom complet Sidi Tayeb Ben Muḥammad as-Saqafi, connu sous le nom de Soufiani, est l’une des figures marquantes de la Tijāniyya et l’un des proches compagnons de Sīdī Aḥmad al-Tijānī. Il était reconnu pour sa piété, sa baraka, sa générosité et son attachement profond au cheikh. Porteur du Livre de Dieu, il occupa une place importante dans la mémoire spirituelle de la voie. Naissance et formation Il naît à Fès, où il grandit et reçoit sa formation première. Il fait partie des porteurs du Coran, et bien qu’il n’ait pas été connu pour une participation particulièrement étendue à toutes les disciplines du savoir comme certains grands savants de son époque, il fut reconnu pour sa vertu, sa rectitude et sa haute valeur spirituelle. L’origine de son nom “Soufiani” Selon l’explication donnée par Ahmed SKIREDJ, son surnom Soufiani ne signifie pas qu’il appartenait directement aux Soufianis installés à Fès. Il provient plutôt du fait que son grand-père Moulay Ahmed fut élevé dans l’entourage du saint Sidi al-Hassan Ben Ibrahim as-Soufiani, mort en 1098 H. Ce saint possédait une zawiya et des disciples connus dans Fès et ses alentours, ce qui explique que cette appellation soit restée attachée à la famille. Lignage Son lignage était considéré comme clair et reconnu. Les auteurs qui ont parlé de lui ont souligné que sa filiation noble remontait à Moulay Idriss ben Idriss ben Abdallah al-Kamil ben al-Hasan al-Muthanna ben al-Hasan as-Sibt ben Ali et Fatima, fille du Prophète. Sīdī Aḥmad al-Tijānī lui-même témoigna de la validité de son sharaf, ce qui fut tenu pour une marque de très haute considération, tant le cheikh respectait profondément les descendants du Prophète. Sa place auprès de Sīdī Aḥmad al-Tijānī Sidi Tayeb Soufiani comptait parmi les bien-aimés de Sīdī Aḥmad al-Tijānī. Le cheikh l’honorait publiquement, se levait souvent pour l’accueillir et manifestait pour lui un respect particulier. Dans le milieu des disciples, ce geste était même considéré comme un signe confirmant l’authenticité du lignage noble de celui qui se présentait. Les sources indiquent également qu’il lui accorda une autorisation générale dans la transmission, aussi bien en résidence qu’en voyage, et qu’il le considérait comme l’un de ses proches et de ses dépositaires de confiance. Son entrée dans la Tijāniyya Sidi Tayeb Soufiani n’entra pas très tôt dans la voie tijanie. Avant cela, il suivait le wird de la voie Wazzaniyya, qu’il avait reçu du célèbre pôle Sidi Ahmed Ben at-Ṭayyib al-Wazzani, et il s’y était tenu pendant près de trente ans. Le tournant eut lieu lors de son passage en Égypte sur la route du pèlerinage. Il y rencontra le muqaddam Sidi Muḥammad Ben Abdelouahed Bennani al-Masri, chez qui il vit le livre Jawahir al-Ma‘ani. En le lisant, il fut profondément frappé par les connaissances et les subtilités qu’il contenait, et ressentit un fort attrait pour la voie tijanie. Lorsqu’il revint ensuite à Fès et rencontra Sīdī Aḥmad al-Tijānī, celui-ci lui révéla des choses très précises sur sa propre vie, notamment un événement survenu alors que sa mère était enceinte de lui. Cette révélation dissipa tout doute et renforça en lui la certitude, l’amour et l’abandon total envers le cheikh. Quelques traits de sa vie Au début de sa vie, Sidi Tayeb Soufiani était l’un des hommes riches de Fès, connu pour l’étendue de ses affaires commerciales, qui s’étendaient jusqu’à Constantine et l’Algérie, ainsi que pour l’importance de ses biens. Mais il connut ensuite un dépouillement profond. Selon les sources, il demanda un jour au cheikh de prier pour qu’il meure dans son amour. Le cheikh lui répondit alors : « Prépare-toi à revêtir le manteau de la pauvreté. » À partir de là, il se détacha progressivement du monde, renonça à ses habitudes matérielles et s’établit dans une pauvreté spirituelle tournée vers Dieu. Il était également connu pour sa générosité envers les descendants du Prophète, qu’il honorait largement, parfois au point d’y consacrer une grande partie de ses biens. Cette disposition devint chez lui une véritable nature intérieure, enracinée dans l’amour et la dévotion. Sa formation spirituelle Sīdī Aḥmad al-Tijānī veilla particulièrement à sa formation intérieure. Il l’éloigna de certains liens anciens afin que sa tarbiya se réalise de manière complète sous un seul regard spirituel. Plusieurs épisodes rapportés dans les sources montrent combien le cheikh suivait de près ses états et corrigeait ses orientations, afin de le conduire à la maturité spirituelle. Œuvre On lui attribue le livre Al-Ifada al-Ahmadiyya li-Murid as-Sa‘ada al-Abadiyya, ouvrage lié au patrimoine tijani et à l’orientation des disciples dans la voie. Décès Sidi Tayeb Soufiani s’éteint à Fès, au milieu de la journée du mercredi 6 Joumada ath-Thaniya 1259 H. Il fut enterré à l’extérieur de Bab Ajissa, au Jbel Za‘fran, sur la gauche en sortant. Sīdī Aḥmad al-Tijānī composa lui-même des vers pour marquer la date de sa mort. Héritage Sidi Tayeb Soufiani a laissé un héritage profondément spirituel dans la mémoire tijanie. Il est resté connu pour son amour sincère du cheikh, sa fidélité, sa générosité, son service des chorfa et sa place particulière parmi les proches de Sīdī Aḥmad al-Tijānī. Certaines sources rapportent qu’à la fin de sa vie, il reçut l’annonce qu’il ne mourrait pas avant de recevoir une ouverture spirituelle, et qu’il répondit lui-même : « Oui, l’ouverture m’a été accordée. » Cette mémoire a renforcé son image de saint homme sincère, béni et fidèle jusqu’au bout.

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al-Tījānī ibn Bābā al-ʿAlawī al-Shinqīṭī

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al-Tījānī ibn Bābā al-ʿAlawī al-Shinqīṭī

Sidi Ibn Baba Alaoui Chenguiti Sidi Tijani Ibn Baba Alaoui Chenguiti fut l’un des grands lettrés et savants liés à la tradition tijanie en pays mauritanien au XIXe siècle. Il se distingua par son profil d’érudit, poète, voyageur et homme de spiritualité, laissant une empreinte remarquable malgré une vie très courte. Issu d’une famille profondément enracinée dans le savoir et la piété, il appartenait à un milieu réputé pour son érudition et sa noblesse. Son père, Sidi Bab ben Ahmed Bib, comptait parmi les savants les plus connus de son époque. Sa mère, Khadija بنت محمد بن المختار بن عثمان العلوية, était également reconnue pour sa piété, sa science et son attachement à la voie tijanie. Né vers 1819 (1234 H), Sidi Tijani Ibn Baba grandit dans un environnement propice à l’étude. Il reçut sa première formation auprès de son père puis auprès de plusieurs savants de sa région, et se fit très tôt remarquer par ses qualités intellectuelles et littéraires. En 1841, il entreprit un voyage vers le Maroc dans l’intention de poursuivre ensuite vers les lieux saints. Ce séjour marocain joua cependant un rôle décisif dans sa trajectoire intellectuelle et spirituelle. Après être passé par Marrakech, El Jadida et Tanger, il séjourna à Meknès, où il rencontra plusieurs grandes figures de la Tijaniyya, en particulier Sidi Mohamed Larbi ben Sayeh, avec lequel il noua une relation d’estime et d’amitié spirituelle très forte. Attaché à la voie tijanie dès son jeune âge, il l’avait adoptée avant même l’âge de quatorze ans. Au cours de ses voyages, il rencontra de nombreux maîtres de la confrérie en Mauritanie, au Maroc, en Algérie et en Tunisie. Parmi eux figurent Sidi Mawloud Fall al-Ya‘qoubi, Sidi Mohamed Akensous, Sidi Mohamed Belkacem Basri et surtout le khalife Sidi El Hadj Ali Tamasini, qu’il vénérait profondément. Son rôle ne se limita pas à l’étude : il fut également un intermédiaire de confiance entre plusieurs maîtres et savants de son temps, notamment dans la transmission d’autorisations spirituelles importantes vers le Maroc. Sidi Tijani Ibn Baba fut aussi un auteur et poète. Parmi ses œuvres les plus connues : Mounyat al-Mourid un poème didactique sur les épouses du Prophète, ses filles et sa descendance une versification du texte des Waraqat d’Imam al-Haramayn une relation de voyage dans laquelle il évoque ses maîtres, ses rencontres et ses déplacements vers le Hijaz et le Maghreb Après le décès de Sidi El Hadj Ali Tamasini en 1844, il se rendit en Tunisie, puis gagna ensuite Médine, où il séjourna environ une année. Il mourut à Médine en 1263 H, victime de la variole qui sévissait alors, et fut enterré au cimetière de al-Baqi‘. Il n’avait qu’environ 29 ans. Malgré cette vie brève, Sidi Ibn Baba Alaoui Chenguiti demeure une figure importante de l’histoire intellectuelle et spirituelle tijanie, admiré pour avoir uni science, littérature, piété et quête du savoir.

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Sidi Lahcen Baaqili

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Lahcen Baaqili

Sidi Lahcen Baaqili Sidi Lahcen Baaqili, de son nom complet Sidi Al-Ahsan Ben Mohamed Ben Abi al-Jama‘a al-Baaqili, est l’un des grands savants et maîtres spirituels de la Tijaniyya dans le Souss et au Maroc au XXe siècle. Il s’est distingué par la solidité de sa formation, la profondeur de sa spiritualité et une production intellectuelle abondante dans les domaines du soufisme, du tafsir, du hadith, du fiqh, des fondements du droit et de la العقيدة. Naissance et origine Il naît à Igdi, dans la tribu des Idaoubaqil, au sein de la région du Souss, en 1301 H / 1881. Son lignage remonte au saint Al-Hajj Belqassem, décédé en 971 H, ancêtre reconnu des chorfa de la tribu des Baaqila. Sa généalogie est également rattachée à la descendance du Prophète par Al-Hasan ibn Ali et Fatima az-Zahra, ce qui explique la place particulière de sa famille dans son environnement religieux et social. Formation Il reçut son enseignement auprès de plusieurs grands savants du Souss. Il commença ses études auprès de Sidi Ahmed al-Mafamani, puis poursuivit à la madrasa d’Iligh auprès du grand savant Abu al-Qasim at-Tajarmounti. Il étudia ensuite à la madrasa Bouabdeliya sous la direction du faqih Sidi al-Mahfoud al-Adouzi. Il rejoignit ensuite la madrasa de Tazentout dans la tribu des Idaoutanan, où il suivit l’enseignement de Sidi Ahmed al-Bouzouki. Son maître lui confia très tôt des responsabilités d’enseignement, de khotba et d’imamat, alors qu’il n’avait pas encore dix-sept ans. Il passa ensuite par la madrasa d’Ikhlij dans la région d’Ourika, où il étudia auprès de Sidi Ali al-Masfiwi, avant d’achever une part importante de sa formation à Aït Wafqa sous la direction du grand savant Sidi Mas‘oud al-Wafqawi. Enfin, il se rendit à Fès pour poursuivre ses études à l’Université Al-Qarawiyyine pendant environ une année. Attachement à la Tijaniyya Sidi Lahcen Baaqili entra dans la Tijaniyya en 1321 H, sous la direction de son maître Sidi Ali al-Masfiwi, alors qu’il avait environ vingt ans. Il reçut ensuite la voie de plusieurs autres grandes figures tijanies, parmi lesquelles : Sidi Haj Hussain Ifrani Sidi Mahmoud, petit-fils de Sīdī Aḥmad al-Tijānī Sidi Abdallah al-Qashash ainsi que son compagnon de route Sidi Ali al-Isaki Il bénéficia particulièrement de Sidi Haj Hussain Ifrani, qui lui donna une autorisation complète, ainsi que de Sidi Mahmoud, petit-fils du cheikh fondateur, qui lui témoigna une attention et une faveur spéciales. Œuvres Sidi Lahcen Baaqili a laissé de nombreux ouvrages dans les domaines du soufisme, du tafsir, du hadith, du fiqh, des usul et de la théologie. Parmi ses œuvres les plus connues : Ira’at ‘Ara’is Shumus Falak al-Haqa’iq al-‘Irfaniyya Ash-Shurb as-Safi min al-Karam al-Kafi ‘ala Jawahir al-Ma‘ani Maqasid al-Asrar en exégèse, en cinq volumes An-Nafha ar-Rabbaniyya fi at-Tariqa at-Tijaniyya Une partie de ses écrits a été publiée, tandis qu’une autre demeure encore manuscrite. Spécialité et apport intellectuel Ses écrits se distinguent par leur profondeur soufie, leur finesse dans les thèmes du cheminement spirituel, des adab, du zuhd, des états, des stations spirituelles et des réalités intérieures. Il excellait dans l’art d’exposer des questions complexes avec clarté, en les rendant accessibles à différents niveaux de lecteurs. Il développa également une méthode solide dans la défense doctrinale de la Tijaniyya, répondant avec vigueur et précision aux critiques adressées à la voie. Son ouvrage At-Tiryâq liman fasada qalbuhu wa mizajuhu est souvent cité comme exemple de cette dimension polémique, maîtrisée et argumentée. Son époque et ses liens avec les grands auteurs tijanis Sidi Lahcen Baaqili vécut à une époque considérée comme l’une des plus fécondes de l’histoire de la Tijaniyya du point de vue de l’enseignement, de l’écriture et de la défense de la voie. Certains auteurs ont même qualifié cette période de “siècle d’or” de la Tijaniyya. Il fut contemporain de figures majeures telles que : Sidi Mohamed al-Arabi Ben Sayeh Sidi Haj Hussain Ifrani Sidi Ahmed Skiredj Sidi Mohamed Lahjouji Sidi Mahmoud Ben al-Matmatiya Ces savants formaient un ensemble cohérent, uni par le respect mutuel et par une répartition complémentaire des rôles dans le service de la voie. Décès Il décède à une heure du matin dans la nuit du vendredi 10 Chawwal 1368 H, après une vie riche en savoir, en écriture et en rayonnement spirituel. Il était alors âgé de 67 ans. Sa disparition fut pleurée par les gens de science et de spiritualité, et le poète Sidi Daoud Ben Abdelmounim ar-Rasmouki at-Tiyouti lui consacra une élégie qui témoigne de sa place éminente. Héritage Sidi Lahcen Baaqili a laissé un héritage considérable, à la fois scientifique, spirituel et doctrinal. Il demeure l’un des grands auteurs de la Tijaniyya, reconnu pour la profondeur de ses analyses, la précision de ses exposés et sa contribution majeure à la clarification, à l’organisation et à la défense de l’enseignement tijani.

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Sidi M’hammed Guennūn

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M’hammed Guennūn

Sidi M’hammed Guennūn Sidi M’hammed Guennūn, de son nom complet Sidi M’hammed Ben Mohamed Ben Abdessalam Guennūn Al-Hassani Al-Idrissi, est l’un des grands savants de Fès et l’une des figures majeures de la Tijaniyya à son époque. Il se distingua par une mémoire exceptionnelle, une maîtrise remarquable des sciences religieuses, et un rôle décisif dans la revitalisation de l’enseignement à la Qarawiyyine. Naissance et origine Il naît à Fès en 1270 H, dans un milieu attaché au savoir et à la tradition religieuse. Il mémorise très tôt le Coran, puis se consacre entièrement à l’étude, révélant dès sa jeunesse des qualités intellectuelles rares qui feront de lui l’un des grands maîtres de son temps. Formation Il étudie auprès de plusieurs éminents savants de la Qarawiyyine, notamment : Sidi Ahmed Bennani Kalla Sidi Ahmed Alami son cousin Sidi Mohamed Ben al-Madani Guennūn Sidi Mohamed Ben al-Abbas al-Iraqi Sa formation fut particulièrement marquée par Sidi Mohamed Ben al-Abbas al-Iraqi, qui fut son maître principal et auprès de qui il acheva son parcours. Ses contemporains le décrivent comme un savant d’une grande précision, doté d’une mémoire exceptionnelle, capable d’éclairer les questions difficiles avec clarté et profondeur. Attachement à la Tijaniyya Sidi M’hammed Guennūn reçut la Tijaniyya auprès de plusieurs grandes figures de la voie, parmi lesquelles : Sidi Larbi Ben Sayeh Sidi Ahmed Mahmoud ad-Dar‘i Sidi Ahmed Ben Ahmed Bennani Kalla ainsi que d’autres maîtres autorisés Son rattachement effectif à la voie date de 1285 H / 1868, alors qu’il n’avait pas encore quinze ans. Avant même cette date, il accompagnait déjà son père à la grande zawiya tijanie pour assister à la الوظيفة, ce qui montre l’ancienneté de son lien avec cette tradition spirituelle. Il fut ensuite autorisé à transmettre ses adhkar, et les sources rapportent qu’à la fin de sa vie il connaissait des états spirituels qui témoignaient d’une haute distinction intérieure. Enseignement et rayonnement scientifique Après sa formation, il se consacre à l’enseignement à la Qarawiyyine à partir de 1292 H / 1875, alors qu’il n’a que 22 ans. Il devint rapidement une référence majeure dans l’enseignement religieux à Fès, et forma un grand nombre de savants, de juges, d’imams, de notaires et de professeurs. Parmi ses élèves les plus connus figurent : Sidi Ahmed Skiredj Sidi Mohamed Lahjouji Sidi Hassan Mazzour Sidi Mohamed Ben Abdelouahed An-Nadhifi Al-Fatimi Ach-Charadi Abdessalam Ben Mohamed Bennani Mohamed Ben Abdallah Ach-Chaouni Mohamed al-Hajoui Mohamed Ben Mohamed Bennani Abdessalam al-Muhibb al-Alawi Sa réputation dans l’enseignement fut telle que plusieurs auteurs le qualifièrent de hâfiz de son époque. Son rôle dans le renouveau des sciences Son disciple Mohamed al-Hajoui rapporte qu’il redonna vie à des disciplines qui s’étaient affaiblies ou presque éteintes. Il relança notamment : l’enseignement du tajwid la lecture du Talkhis avec le Mutawwal de Sa‘d la lecture du tafsir d’al-Baydawi Ce renouveau scientifique eut un grand impact sur les étudiants. Il fut un temps éloigné de cet enseignement lorsqu’il fut chargé du qada d’Asfi, mais il ne resta dans cette fonction qu’environ une année avant de demander à en être relevé, afin de revenir à son véritable domaine : la diffusion du savoir. Œuvres Sidi M’hammed Guennūn a laissé un nombre important d’ouvrages dans le soufisme, le hadith, le fiqh, le bayan, le manṭiq, la croyance et les controverses savantes. Parmi ses œuvres les plus connues : Hall al-Aqfal fi Sharh Jawharat al-Kamal Sharh Yaqutat al-Haqa’iq Raf‘ al-‘Itab ‘amman mana‘ az-Ziyara min al-Ashab Ad-Durr al-Manzum fi Nusrat al-Qutb al-Maktum An-Nutq al-Mafhum fi Hall Mushkilat ad-Durr al-Manzum Al-Ibana Ithaf at-Talib fi Najat Abi Talib Tahdhir al-Abrar min Mukhalatat al-Kuffar Kashf al-Litham ‘an Hukm Dukhul al-Hammam As-Sawa‘iq al-Mursala Al-‘Iqd al-Farid Tahqiq al-Qawl bi ‘Adam Islam Fir‘awn Ar-Riyad al-Bahja Hall ar-Rumuz I‘lam ar-Rawi ainsi que plusieurs khatmas savantes du Sahih al-Bukhari, du tafsir, du Mukhtasar Khalil et du Shifa’ Cette abondance d’écrits témoigne de l’étendue de son savoir et de la diversité de ses centres d’intérêt. Décès Il décède après la prière du ‘asr, le vendredi 28 Cha‘ban 1326 H / 24 septembre 1908. La prière funéraire fut dirigée après le maghrib, dans la zawiya tijanie ahmadienne de Fès, par son élève Sidi Mohamed Ben Mohamed Bennani. Il fut enterré auprès du sanctuaire du saint Sidi Abi Ghalib, à gauche en entrant dans la coupole. Héritage Sa disparition suscita une profonde émotion à Fès. Une foule nombreuse assista à ses funérailles, et les témoignages rapportent que jeunes et vieux cherchèrent sa bénédiction. Il fut pleuré par de nombreux poètes et savants, signe de la place éminente qu’il occupait dans la vie intellectuelle et spirituelle de son temps. Son héritage demeure vivant à travers ses nombreux disciples, les sciences qu’il a contribué à raviver, et les œuvres qu’il a laissées, qui confirment son rang parmi les plus grands savants de son époque.

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Mawlay Abd al-Hafiz al-‘Alawi

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Mawlay Abd al-Hafiz al-‘Alawi

Sultan Moulay Abdelhafid Le Sultan Moulay Abdelhafid Alaoui (1875-1937) fut l’un des souverains de la dynastie alaouite du Maroc, mais également un érudit, écrivain et poète reconnu. Né à Fès en 1875, fils du sultan Moulay Hassan Ier, il reçut très tôt une éducation religieuse et scientifique approfondie. Il mémorisa le Coran dans son enfance et poursuivit ses études auprès de grands savants marocains. Grâce à cette formation, il devint un savant distingué dans plusieurs disciplines, notamment : le fiqh (jurisprudence islamique) le hadith l’exégèse coranique la rhétorique et la littérature arabe L’historien marocain Abdelrahman Ibn Zidan le décrivit comme « un océan de savoir dans les sciences religieuses ». En 1901, il fut nommé représentant (khalifa) de son frère le sultan Moulay Abdelaziz à Marrakech. Dans un contexte de tensions politiques et d’ingérences étrangères, il fut proclamé sultan du Maroc en 1907. Son règne se déroula à une période particulièrement difficile de l’histoire du pays. Sous de fortes pressions internationales et face à de nombreuses crises internes, il fut contraint de signer le traité de protectorat français en 1912. Peu après, il abdiqua en faveur de son frère Moulay Youssef et partit en exil en Europe. En plus de sa carrière politique, Moulay Abdelhafid fut un auteur prolifique. Il écrivit de nombreux ouvrages dans des domaines variés tels que la jurisprudence, la théologie, la linguistique, la rhétorique et le soufisme. Parmi ses œuvres les plus connues : al-Jāmiʿ‘a al-‘Irfaniyya Al-‘Adhb al-Salsabil fi Hall Alfaz Khalil Yaqutat al-Hukkam Nayl al-Najah wa al-Falah Tuhfat al-Ikhwan son Diwan poétique en malhoun Il composa également de nombreux poèmes religieux, notamment dans le panégyrique du Prophète (madih nabawi). Le sultan Moulay Abdelhafid mourut en 1937 à Paris. Son corps fut rapatrié au Maroc et enterré à Fès. Aujourd’hui, il est considéré comme une figure importante de l’histoire marocaine, ayant laissé un héritage à la fois politique, intellectuel et littéraire.

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Muḥammad al-Tarīkī

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Muḥammad al-Tarīkī

Cette fiche sera encore enrichie avec une notice plus ample et une image.

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Muḥammad ibn Aḥmad Akansus

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Muḥammad ibn Aḥmad Akansus

Sidi Muḥammad Ben Ahmed Akensous Sidi Muḥammad Ben Ahmed Akensous, de son nom complet Sidi Muḥammad Ben Ahmed Ben Sidi Muḥammad Ben Younes Ben Mas‘oud al-Kansousi al-Qurashi al-Ja‘fari, est l’un des grands savants marocains du XIXe siècle et l’une des figures majeures de la Tijāniyya. Juriste, homme de lettres, historien, éditeur savant et homme d’État, il a marqué son époque par l’étendue de son savoir et par son rôle dans la défense de la voie tijanie. Naissance et origine Il naît dans la tribu de Tinmart, dans le Souss, en 1211 H / 1796–1797. Son lignage remonte à Ja‘far ibn Abi Talib, cousin du Prophète, ce qui explique sa nisba al-Qurashi al-Ja‘fari. Il appartenait ainsi à une famille noble, réputée pour son ancienne distinction et son enracinement dans le savoir. Formation Il commence ses études à la zawiya nasiriyya de Tamgroute, où il mémorise le Coran et les principaux textes de base. Il part ensuite à Fès en 1229 H pour poursuivre sa formation à l’Université Al-Qarawiyyine. À Fès, il étudie auprès de plusieurs grands savants et fuqaha. Il réside alors à la madrasa des Saffarine, et l’on rapporte parmi les anecdotes de sa vie qu’il occupait une chambre voisine de celle où avait autrefois vécu l’imam al-Jazouli, auteur des Dalâ’il al-Khayrât. Il poursuit ses études à Al-Qarawiyyine jusqu’en 1234 H, se consacrant pleinement à la science et à l’acquisition du savoir. Fonctions et parcours public Le sultan Moulay Slimane le fait appeler en 1234 H et le nomme d’abord secrétaire, puis ministre en 1235 H, alors qu’il n’a que 24 ans. Il reste à ce poste pendant trois années, avant de s’en retirer de son propre gré en 1238 H, peu après l’avènement du sultan Moulay Abd ar-Rahman ben Hicham. Cette étape montre l’importance de sa stature intellectuelle et administrative dans le Maroc de son temps. Œuvres Sidi Muḥammad Akensous a laissé de nombreux ouvrages en histoire, littérature, philologie, jurisprudence et polémique savante. Parmi ses œuvres les plus connues : Al-Jaysh al-‘Aramram al-Khumasi fi Dawlat Awlad Mawlana ‘Ali as-Sijilmasi Al-Jawab al-Muskit – réponse à ceux qui ont critiqué la voie de l’imam Tijani sans vérification Al-Hulal az-Zanjafuriyya un Diwan de poésie classé selon l’ordre alphabétique un ouvrage sur la généalogie des descendants d’Ibn Idris Al-Ajwiba at-Tunusiyya Tashih al-Ghayth alladhi Insajama fi Sharh Lamiyyat al-‘Ajam Al-Maqama al-Kansousiyya un traité sur l’alchimie ses lettres au ministre Muḥammad Ben al-Arabi al-Jam‘i Khama’il al-Ward wan-Nisrin Husam al-Intisar Sharh Qasidat az-Zayyani Al-Badi‘ fi ‘Ilm at-Ta‘dil Tahqiq al-Qamus al-Muhit d’al-Fayruzabadi Son travail sur le Qamus al-Muhit est particulièrement remarquable : il le collationna avec environ cinquante manuscrits de référence, dans un travail philologique rigoureux qui dura plus de deux ans et fut achevé en 1271 H / 1854. Lien avec la Tijāniyya Sidi Muḥammad Akensous fut l’un des grands représentants de la Tijāniyya. Sa chaîne dans la voie passe par quatre figures majeures : Sidi Muḥammad al-Ghali Abu Talib al-Hassani al-Idrissi Sidi Muḥammad (Fathan) Ben Abi an-Nasr al-‘Alawi as-Sijilmasi Sidi Abdelwahab Ben at-Taoudi al-Fassi, connu sous le nom d’Ibn al-Ahmar Sidi at-Ṭayyib Ben Muḥammad as-Sufyani Tous avaient pris directement de Sīdī Aḥmad al-Tijānī et comptaient parmi ses plus proches compagnons. Les raisons de son entrée dans la voie Il explique lui-même que son entrée dans la Tijāniyya est née de ce qu’il entendit à Fès au sujet de la grandeur de cette voie, présentée comme la voie du pur don divin dans une époque où les hommes n’avaient plus la force de réaliser pleinement l’idéal spirituel des anciens. Il raconte aussi l’influence décisive d’un saint attiré par Dieu, Sidi Ahmed al-Ghiwan, qui le poussait avec insistance à entrer dans la voie de la connaissance. Finalement, conduit à la zawiya un vendredi, il entendit dès l’entrée un vers spirituel qui marqua profondément son cœur et précipita son adhésion à la voie. Profil intellectuel et spirituel Sidi Muḥammad Akensous réunissait le fiqh, la littérature, la recherche philologique, l’histoire, l’engagement politique et la formation spirituelle. Il incarne ainsi une figure complète, capable de tenir à la fois le rang du savant, du haut fonctionnaire et du maître enraciné dans la tradition soufie. Décès Il meurt dans la nuit du mardi 28 Muharram 1294 H et est enterré à Marrakech, à l’extérieur de Bab ar-Robb, près du mausolée de Abu al-Qasim as-Suhayli. Il avait 83 ans au moment de son décès. Sa mort coïncida presque avec le quarantième jour du décès de son ami et compagnon de voie Sidi Muḥammad Belqassem Basri al-Meknassi, puisqu’il n’y eut que 36 jours entre leurs deux disparitions. Héritage Sidi Muḥammad Akensous a laissé un héritage considérable, à la fois scientifique, littéraire, historique et spirituel. Il reste l’une des grandes figures marocaines ayant su unir la science, le service de l’État, la défense doctrinale et l’enracinement dans la Tijāniyya.

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Sidi Muḥammad ibn al-Mashri al-Sāʾiḥī al-Ḥasanī

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Muḥammad ibn al-Mashri al-Sāʾiḥī al-Ḥasanī

Sidi Muḥammad Ibn Mashri Sidi Muḥammad Ibn Mashri, de son nom complet Sidi Muḥammad Ben Muḥammad Ben Al-Mashri Al-Hassani As-Saïhi As-Sebâï, est l’un des grands maîtres de la tradition tijanie et l’un des plus illustres disciples de Sīdī Aḥmad al-Tijānī. Savant, spirituel, juriste et homme de transmission, il s’est distingué par l’étendue de son savoir, la profondeur de sa formation intérieure et la place éminente qu’il occupa parmi les proches du fondateur de la voie. Naissance et origine Il naît à Takrit, localité relevant de la région de Constantine, dans le nord-est de l’Algérie. La date exacte de sa naissance n’est pas connue, mais les sources le situent vers le milieu du XIIe siècle hégirien, puisqu’il appartenait à la même génération que son maître Sīdī Aḥmad al-Tijānī, avec seulement quelques années d’écart. Il est issu d’une famille noble et respectée, rattachée au lignage des Ouled Saïh Sebaïyine, reconnue à la fois pour sa noblesse prophétique, sa réputation spirituelle et sa place éducative dans son environnement tribal et régional. Caractère et qualités Sidi Muḥammad Ibn Mashri était connu pour sa noblesse de caractère, sa dignité et sa grande rectitude. Il était généreux, majestueux dans son apparence, constant dans son sourire, lumineux dans son attitude et élevé dans ses aspirations. Il se tenait loin des puissants et des riches, ne recherchait ni leur présence ni leurs faveurs, et rejetait fermement la médisance et le mensonge. Il était également apprécié pour sa sincérité, sa douceur de parole, son amour pour ses élèves et ses proches, son courage dans la défense de la vérité, ainsi que son engagement dans l’ordonnance du bien et la réprobation du mal. Formation Les détails de sa première formation restent limités, mais les sources insistent sur son intelligence remarquable, sa mémoire solide et son goût précoce pour l’étude. Il mémorisa le Coran dès son jeune âge, puis se consacra avec sérieux à l’acquisition des sciences religieuses. Il se distingua dans le fiqh, le hadith, les nawazil, le tawhid, la sira et l’histoire, au point de devenir l’un des plus grands savants de sa région. Une grande part de sa formation fut cependant accomplie auprès de Sīdī Aḥmad al-Tijānī, qui fut pour lui maître, éducateur, guide et compagnon. Rencontre avec Sīdī Aḥmad al-Tijānī Sa rencontre avec Sīdī Aḥmad al-Tijānī eut lieu à Tlemcen en 1188 H, au retour de la célèbre voyage du cheikh vers le Hijaz. Lors de cette rencontre, le cheikh lui transmit les oraisons de la voie khalwatiyya par sa chaîne remontant à Sidi Mahmoud al-Kurdi, ainsi que d’autres invocations et secrets spirituels. Cette rencontre fut décisive dans sa vie. Ibn Mashri lui-même la considérait comme le plus grand tournant de son existence, affirmant qu’il n’avait réellement compris les sciences extérieures et intérieures qu’après avoir rencontré le cheikh. Place auprès du cheikh Sidi Muḥammad Ibn Mashri comptait parmi les plus grands disciples de Sīdī Aḥmad al-Tijānī. Le cheikh lui portait une affection particulière, admirant ses qualités intellectuelles, sa discipline, sa droiture et sa noblesse morale. Plus encore, Sīdī Aḥmad al-Tijānī le choisit comme imam pour diriger la prière en sa présence pendant les cinq prières quotidiennes de 1197 H à 1208 H, soit durant onze années complètes. Cette distinction témoigne de la confiance exceptionnelle dont il bénéficiait. Il accompagna également le cheikh lors de son déplacement vers Fès, et leur compagnonnage se prolongea durant de longues années dans une proximité remarquable. Ascèse et générosité Ibn Mashri était connu pour son zuhd, son détachement du monde et son esprit de renoncement. Il ne se maria jamais, ne bâtit pas de maison et ne conserva aucun bien pour lui-même. Il fuyait les gens d’influence et ne cherchait aucun avantage matériel. En parallèle, il se distingua par une générosité remarquable. Il aidait les pauvres, soulageait les nécessiteux et distribuait ce qu’il possédait sans compter. Sa vie fut marquée par l’altruisme, la sobriété et la confiance en Dieu. Spiritualité Le soufisme faisait déjà partie de son héritage familial, mais sa rencontre avec Sīdī Aḥmad al-Tijānī donna à cette dimension une profondeur nouvelle. Dès lors, il se consacra pleinement à la discipline intérieure, aux retraites spirituelles et à la purification de l’âme. Il devint ainsi l’un des grands hommes de réalisation de la Tijāniyya, distingué par son sérieux dans la voie, sa finesse de compréhension et sa haute station spirituelle. Départ de Fès vers le Sahara oriental Son départ de Fès vers le Sahara oriental fut compris dans la tradition comme un déplacement lié à des raisons spirituelles profondes, et non à de simples causes extérieures. Les sources rapportent que cette sortie eut lieu sur indication de son cheikh, en lien avec son état spirituel et les ouvertures dont il avait été favorisé. Cette lecture est celle qu’ont retenue plusieurs grands auteurs tijanis, qui ont insisté sur le caractère intérieur et providentiel de ce départ. Œuvres Sidi Muḥammad Ibn Mashri a laissé plusieurs ouvrages importants, parmi lesquels : al-Jāmiʿ‘ lima Iftaraqa min Durar al-‘Ulum al-Fa’ida min Bihar al-Qutb al-Maktum Rawd al-Muhibb al-Fani fima Talaqqaynahu min Abi al-‘Abbas at-Tijani Nusrat ash-Shurafa’ fi ar-Radd ‘ala Ahl al-Jafa’ Taqyid fi Salat al-Fatih Lima Ughliqa Sharh Yaqutat al-Muhtaj fi as-Salat ‘ala Sahib al-Liwa’ wat-Taj Ces œuvres reflètent la profondeur de son lien avec le cheikh Tijani et son rôle central dans la transmission du patrimoine de la voie. Décès Après avoir quitté Fès pour Aïn Madhi, il ne vécut là qu’une courte période, environ une année. Éprouvé par la maladie, l’éloignement et l’intense nostalgie de son maître, il mourut le lundi 1er Dhou al-Qa‘da 1224 H. Sa disparition provoqua une profonde tristesse parmi les disciples et les proches de la voie, en particulier chez son maître Sīdī Aḥmad al-Tijānī, qui adressa à sa famille une lettre de condoléances marquant l’importance exceptionnelle qu’il avait à ses yeux. Héritage Sidi Muḥammad Ibn Mashri a laissé un héritage majeur dans l’histoire de la Tijāniyya. Son nom demeure lié à la fidélité envers le cheikh, à l’excellence dans les sciences religieuses, au détachement du monde, à la générosité et à la profondeur de la vie spirituelle. Il reste l’une des figures les plus marquantes du premier cercle tijani.

Auteur

Muḥammad Lahjoujī

Sidi Muḥammad Lahjouji Sidi Muḥammad Lahjouji (1880–1951) est l’un des grands savants marocains du XXᵉ siècle. Traditionniste, juriste, soufi et historien, il est reconnu pour sa contribution remarquable aux sciences du hadith, du fiqh et du soufisme. Naissance et origine Il est né à Fès en août 1880 (1297 H) dans une famille connue pour sa piété, son savoir et son attachement à la tradition islamique. Il mémorise le Coran très jeune avant de poursuivre ses études à l’Université Al-Qarawiyyine, l’un des centres majeurs du savoir islamique au Maroc. Formation À la Qarawiyyine, il étudie auprès de plusieurs grands savants de son époque, notamment : Sidi Muḥammad Kannon Abdelmalek Al-Alawi Ad-Darir Ahmed Ben Al-Khayyat Muḥammad Al-Qadiri Muḥammad Ben Jaafar Al-Kettani Il se distingue particulièrement dans les sciences du hadith et de la biographie des savants. Œuvres Sidi Muḥammad Lahjouji a laissé plus d’une centaine d’ouvrages dans divers domaines : hadith, jurisprudence, spiritualité, exégèse et littérature. Parmi ses ouvrages les plus connus : Fath al-Malik al-Allam – biographies de savants de la Tijāniyya (2 volumes) Ithaf Ahl al-Maratib al-Irfaniyya – biographies de maîtres de la Tijāniyya (8 volumes) Tadhkirat al-Mustarshidin – commentaire du livre des faibles et abandonnés dans le hadith Sulafat as-Safa fi Tarajim Rijal ash-Shifa Fath al-Qadir – commentaire du Tarikh as-Saghir Rôle dans la Tijāniyya Il fut l’un des grands représentants et propagateurs de la voie soufie Tijāniyya à son époque. Ses écrits ont contribué à préserver l’histoire et les biographies de nombreux maîtres de cette voie spirituelle. Dernières années et décès Il s’installe dans la ville de Demnate durant les dix-sept dernières années de sa vie à partir de 1934. Il y décède le 11 mars 1951 (1370 H) après une vie consacrée à l’enseignement, à la spiritualité et à la recherche.

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Sidi Muḥammad Larbi Ben Sayeh

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Muḥammad Larbi Ben Sayeh

Sidi Muḥammad Larbi Ben Sayeh (1814–1892), de son nom complet Sidi Muḥammad Al-Arabi Ben Muḥammad Ben Sayeh Ach-Charkaoui Al-Omari, est l’une des grandes figures savantes et spirituelles du Maroc au XIXe siècle. Juriste, traditionniste, exégète, lettré et soufi, il compte parmi les personnalités majeures de la voie Ahmadiyya Tijāniyya au Maroc. Naissance et origine Il naît à Meknès à l’aube du jour de l’Aïd al-Adha, en 1229 H / 22 novembre 1814. Son père, Sidi Muḥammad Ben Sayeh, était âgé de soixante-seize ans au moment de sa naissance, et il mourut à l’âge de quatre-vingt-seize ans, laissant son fils encore jeune. Sidi Muḥammad Larbi était son unique fils. Les récits biographiques rapportent que son père invoquait souvent Dieu afin d’obtenir un héritier mâle qui perpétuerait son savoir et sa vertu. Sa naissance fut ainsi perçue comme une bénédiction particulière. Formation Il reçut son enseignement auprès de plusieurs grands savants du Maroc de son époque, parmi lesquels : Al-Walid Al-Iraqi Al-Husayni Abdelkader Al-Kouhen Al-Hadi Ben Ach-Chafii Al-Meknassi, connu sous le nom de Baddou ainsi que d’autres érudits renommés Il se distingua dans les sciences du fiqh, du hadith, du tafsir et de la littérature, tout en occupant une place éminente dans la spiritualité soufie. Œuvres Sidi Muḥammad Larbi Ben Sayeh a laissé plusieurs ouvrages importants dans les domaines du commentaire, de l’exégèse, des invocations et de la spiritualité. Parmi ses œuvres les plus connues : Bughyat al-Mustafid li Sharh Munyat al-Murid Sharh Lamiyyat al-Busiri Sharh Salat al-Fatih Lima Ughliqa Ta‘liq ‘ala al-Hamziyya Ta‘liq ‘ala Burdat al-Madih lil-Busiri Sharh al-Qasida al-Khazrajiyya Ta‘liq ‘ala ash-Shama’il at-Tirmidhiyya Turar ‘ala Sharh an-Nawawi ‘ala al-Arba‘in an-Nawawiyya Tafsir de “Wa ma kana Allahu li yu‘adhibahum wa anta fihim” Kitab as-Sa‘ada al-Abadiyya fi al-Adhkar at-Tijāniyya al-Ahmadiyya Rihla ‘ajiba ainsi que plusieurs lectures intégrales du Sahih al-Bukhari Lien avec la Tijāniyya Il fut l’un des grands représentants de la Tijāniyya au Maroc. Son entrée dans cette voie est associée à une expérience spirituelle marquante. Très attaché à la prière sur le Prophète, dans l’espoir de le voir en songe, il rapporta une vision dans laquelle son père l’introduisait auprès d’un groupe de disciples du cheikh Tijani, lui indiquant que c’était là qu’il trouverait ce qu’il recherchait. Il est également rapporté qu’il rencontra de nombreuses personnes ayant connu directement le cheikh Sīdī Aḥmad al-Tijānī, lesquelles le tenaient en haute estime et voyaient en lui un signe béni de cette voie. Rayonnement scientifique et spirituel Il alliait savoir religieux, transmission du hadith, maîtrise de l’exégèse et formation spirituelle. Ses assemblées de hadith et d’enseignement contribuèrent à faire de lui une référence respectée dans le paysage religieux marocain. Décès Il décède dans la nuit du dimanche, à onze heures, le 29 Rajab 1309 H / 28 février 1892. La prière funéraire fut dirigée à la grande mosquée de Rabat par le qadi et savant Sidi Ahmed Bennani Ar-Ribati, puis il fut enterré dans son riyad, lieu même où il tenait ses assemblées de hadith. Héritage Sidi Muḥammad Larbi Ben Sayeh a laissé un héritage à la fois scientifique et spirituel considérable. Son nom demeure attaché à la transmission du savoir, à la piété et à l’enracinement de la tradition tijanie au Maroc.

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Professeur Ahmed Ibn Abdallah Skiredj

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Professeur Ahmed Ibn Abdallah Skiredj

Technical Director of the Site:Ahmed Ibn Abdallah Skiredj (1951-2014) Position: Professor of Higher Education at the Hassan II Agronomic and Veterinary Institute, Rabat. Academic Credentials: Doctorate in Applied Biological Sciences. Professional Background: State Engineer in Agronomy, specializing in horticulture, vegetable production, plastic greenhouse cultivation, fertilization, fertigation, and mineral nutrition of plants. Education: Graduate of the Hassan II Agronomic and Veterinary Institute in 1978, with studies at the University of Minnesota, Saint Paul-Minneapolis, and the University of California, Davis, USA (1976-77). Mentorship: Supervised over forty postgraduate research projects (State Engineer and Applied Engineer). Publications: Nearly one hundred publications on drip irrigation, fertigation, horticulture, vegetable production, and plastic greenhouses. Author: Created the “Farmer’s Guide” series, which has been distributed to more than sixty thousand producers across various regions in Morocco. Trainer: Conducted dozens of continuing education courses for Engineers and Technicians from Provincial Agricultural Departments and Regional Agricultural Development Offices in Doukkala, Gharb, Lukkus, Haouz, Moulouya, Tadla, Tafilalet, and more. Spiritual Role: Moqaddem (leader) and educator of the Tijani Sufi path since September 1981. Spiritual Lineage: Initiated into the Tijani path and the "Taqdim" by Hadj Abderrahmane Skiredj, who was initiated by his elder brother, the scholar Sidi Ahmed ben Ayachi Skiredj, in turn initiated by the gnostic Sidi Ahmed Abdellaoui, through the master Sidi Ali Tamacini, and ultimately by the Cheikh Sidi Ahmed Tidjani, may Allah be pleased with him. Authorship in Sufism: Authored numerous books and translations on the Tijani path, including Pearls of Meanings (1200 pages), Collection of Dispersed Pearls of Sciences Flowing from the Oceans of Cheikh Sidi Ahmed Tidjani (1200 pages), Lifting the Veil on Those Who Met Cheikh Tidjani Among His Companions (1200 pages), Al-Ifada Al-Ahmadiya (500 pages), Gnostic Effusions (200 pages), The Radiant Secret (150 pages), In-depth Look into the Places of the Hereafter (in Arabic, 130 pages), The Book of Intentions (in Arabic and French), and more. Virtual Library Creation: Established a virtual library of over 200 books on the Tijani path (mainly in Arabic and French), offering free access for research and consultation. Website Co-founder: In August 2005, co-founded www.cheikh-skiredj.com to revitalize and publish the heritage of the Tijani path. Publishing House Co-founder: Co-founded the Patrimoine Tidjani publishing house in September 2012, based in Varennes-sur-Seine, France.

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Sīdī Muḥammad Errāḍī Guennūn

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Sīdī Muḥammad Errāḍī Guennūn

Sīdī Muḥammad Errāḍī Guennūn est l’une des figures contemporaines majeures du service rendu au patrimoine tijani. Chercheur, éditeur et muḥaqqiq, il a consacré une part décisive de son œuvre à la collecte, à la sauvegarde, à l’édition critique et à la diffusion des écrits de Sīdī Aḥmad Skiredj et d’autres savants de la voie. Formé au Maroc et en Mauritanie, enraciné dans la Tijāniyya depuis sa jeunesse, il s’est distingué par une activité scientifique soutenue, par la mise en valeur des manuscrits et par un patient travail de publication qui a permis à de nombreux textes de sortir de l’oubli et d’être accessibles aux chercheurs comme aux disciples. Son travail ne se limite pas à l’impression matérielle des livres. Il consiste aussi à vérifier les textes, à comparer les copies, à identifier les sources, à éclairer les noms et les contextes, et à rendre les œuvres plus lisibles pour le lecteur contemporain sans en trahir l’esprit. À ce titre, il occupe une place importante dans la transmission savante actuelle de la tradition tijanie. Par ses articles, ses présentations d’ouvrages, ses conférences et ses publications, Sīdī Muḥammad Errāḍī Guennūn a contribué à remettre au premier plan une large partie de l’héritage intellectuel de la voie, notamment les œuvres de Sīdī Aḥmad Skiredj. Son activité éditoriale et documentaire fait aujourd’hui de lui l’un des artisans les plus constants de la préservation, de l’organisation et de la diffusion du patrimoine tijani.

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ʿAbd er-Raḥmān SKIREDJ

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ʿAbd er-Raḥmān SKIREDJ

Cette personnalite est actuellement referencee dans le catalogue patrimonial comme auteur ou figure liee au corpus tijani. Une notice biographique developpee sera ajoutee apres verification editoriale des sources manuscrites et imprimees.

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ʿUmar al-Fūtī al-Tijānī

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ʿUmar al-Fūtī al-Tijānī

Sidi Omar Fouti Sidi Omar Fouti, de son nom complet Sidi El-Hadj Omar Ben Saïd al-Fouti, est l’une des plus grandes figures de la Tijaniyya en Afrique de l’Ouest. Savant, maître spirituel, prédicateur, réformateur, chef religieux et combattant, il a profondément marqué l’histoire islamique du Sénégal, du Fouta Toro, du Fouta Djallon, du Nigeria et de plusieurs autres régions d’Afrique occidentale. Origine et lignage Son lignage remonte au compagnon ‘Uqba ibn ‘Amir, et à travers lui à Murra ibn Ka‘b, l’un des ancêtres du Prophète صلى الله عليه وسلم. Ce rattachement faisait de lui, dans son milieu, une figure de haute considération religieuse et sociale. Naissance et enfance Il naît à Halwar, près de Podor, dans la région de Fouta Toro, au nord du Sénégal, dans la nuit du mercredi 23 Cha‘ban 1213 H / 30 janvier 1799. Son père, Saïd Ben Othman, était un faqih pieux et ascétique, et sa mère était Adma, fille de l’imam Siri Demba. Il grandit ainsi dans une famille de religion, de science et de droiture. Les sources rapportent à son sujet plusieurs signes précoces de bénédiction, notamment pendant son enfance. Formation À l’âge de cinq ans, son père le confia à l’école coranique du cheikh Qurâ Hamad, à Halwar. Il mémorisa le Coran à l’âge de huit ans, et ses premières lectures furent déjà entourées d’un prestige particulier. Il perfectionna ensuite sa récitation auprès de son frère aîné Ahmed, puis poursuivit sa formation à Derbas, où il étudia la langue, le fiqh, le nahw et d’autres disciplines auprès du savant Basmur al-Amir Ben Abdallah. Il continua ensuite ses études dans une autre école, où il reçut des enseignements en métrique, en textes de référence et en fiqh, notamment autour du Mukhtasar de Khalil. Sa formation fut donc à la fois solide, classique et profondément enracinée dans la tradition savante ouest-africaine. Son entrée dans la Tijaniyya Après sa période d’étude, il éprouva un fort désir pour la voie spirituelle, la discipline intérieure et la lutte contre l’ego. C’est alors qu’il rencontra le muqaddam Sidi Abdelkarim an-Naqil al-Foutajalli at-Tinbawi en 1239 H / 1824, l’un des grands fuqaha de Fouta Djallon. Il le fréquenta durant plus d’une année, et reçut de lui les adhkar fondamentaux de la Tijaniyya, en particulier le wird, la wazifa et le dhikr du vendredi après-midi, ainsi que le Hizb as-Sayfi. Cette rencontre constitua le début de sa véritable formation dans la voie. Son voyage au Hijaz Il avait d’abord prévu de partir au pèlerinage avec son maître Abdelkarim, mais cela ne put se réaliser. Il entreprit donc le voyage vers 1240 H / 1825, après avoir pris congé des siens et préparé son départ. Ce voyage prit une importance encore plus grande lorsqu’il apprit que le grand khalife Sidi Mohamed al-Ghali Abu Talib se trouvait à La Mecque. Dès son arrivée, après avoir accompli les rites d’entrée, il le rencontra près du Maqam Ibrahim après la prière du ‘asr. Le khalife l’accueillit avec une grande joie et lui remit aussitôt un exemplaire de Jawahir al-Ma‘ani. Leur première rencontre eut lieu au début de Dhou al-Hijja 1241 H / 1826. Son compagnonnage avec Sidi Mohamed al-Ghali Après le pèlerinage, il partit avec lui vers Médine, où il demeura dans son voisinage. Il le servit pendant environ trois années, se mettant totalement à son service, lui livrant sa personne et ses biens, selon ses propres termes. Au cours de cette période, il renouvela sa prise de la voie, reçut adhkar et secrets spirituels, et fut élevé à un rang exceptionnel. Son maître lui dit même au sein de la mosquée prophétique :« Les gens, nous les faisons muqaddams dans la transmission du wird. Quant à toi, tu es un khalife parmi les khalifes du cheikh, et non simplement un muqaddam. » C’est là l’un des éléments majeurs de sa stature dans la chaîne tijanie. Son séjour en Égypte et à Jérusalem Vers 1245 H, il quitta son maître et se rendit au Caire, puis en Palestine, où il séjourna sept mois à Jérusalem en compagnie de son frère Ali Ben Saïd. Durant ce séjour, il guérit, par la permission de Dieu, la fille du souverain de Jérusalem, atteinte d’un mal grave attribué à une atteinte invisible. Cette guérison fit grand bruit et attira sur lui l’attention de toute la région. Certains savants, poussés par la jalousie, voulurent alors l’éprouver par des questions difficiles en sciences rationnelles et religieuses. Il répondit avec sagesse, fermeté et intelligence, au point qu’ils finirent par reconnaître son rang, s’excuser et le faire avancer pour l’imamat et la khutba du vendredi à Jérusalem. Retour en Afrique et mission religieuse Il revint ensuite dans son pays vers 1254 H / 1838, puis se rendit chez les Haoussa au Nigeria, où il séjourna environ sept ans auprès de Mohamed Ben Othman Foudi. Il retourna ensuite au Fouta Djallon, y demeura quatre ans, puis se dirigea vers le Fouta Toro, où il entreprit une vaste mission d’appel à Dieu et à Son Prophète. De grands savants répondirent à son appel, et de nombreux groupes de non-musulmans entrèrent dans l’islam grâce à sa prédication. Combat et jihad Cette expansion de sa mission provoqua des affrontements avec les forces païennes et hostiles. Il mena alors de nombreuses campagnes militaires, en remporta plusieurs, et poursuivit sa lutte contre les idolâtres et les ennemis de l’islam pendant plus de douze ans. Il fut finalement martyrisé à Degembéré le 3 Ramadan 1280 H / 12 février 1864, alors qu’il avait environ soixante-dix ans. Œuvres Sidi Omar Fouti a laissé plus de quarante ouvrages, parmi lesquels : Rimah Hizb ar-Rahim ‘ala Nuhur Hizb ar-Rajim Suyuf as-Sa‘id al-Mu‘taqid fi Ahl Allah ka-t-Tijani Safinat as-Sa‘ada An-Nush al-Mubin Al-Maqasid as-Saniyya Tadhkirat al-Ghafilin Tadhkirat al-Mustarshidin Kasb al-Faqir fi Madh an-Nabi al-Bashir Al-Ajwiba al-Fiqhiyya Sharh Salat Jawharat al-Kamal Sharh Salat Yaqutat al-Haqa’iq Risala fi Adab al-Murid Taqyid fi Khawass Hizb as-Sayfi Manzuma fi Islah Dhat al-Bayn Manzuma fi ‘Ilm at-Tawhid Lamiyyat at-Tullab Hidayat al-Mudhnibin Le plus célèbre de ses ouvrages reste sans doute Rimah, dont la renommée atteignit le Maroc bien avant que le livre n’y circule largement. Sa bibliothèque Les sources mentionnent l’existence d’une importante bibliothèque omarienne, dont une grande partie fut saisie par les autorités coloniales françaises après la prise de Ségou en avril 1890. Quatre caisses de manuscrits furent envoyées à Paris, puis transférées en 1892 à la Bibliothèque nationale de France. Cette collection comprenait plus de cinq cents titres manuscrits, ce qui donne une idée de l’ampleur de son héritage intellectuel. Sa place chez les savants De nombreux savants du Maroc, de la Mauritanie et d’Afrique de l’Ouest ont célébré Sidi Omar Fouti dans leurs écrits et leur correspondance. Ils le présentaient comme : un émir des croyants un soutien de la vérité un revivificateur de la voie un conquérant spirituel et temporel un homme réunissant les armes extérieures et les armes intérieures Plusieurs auteurs affirmaient que son époque n’avait pas produit d’homme de son rang, et qu’il possédait une mémoire telle qu’il aurait pu restituer des livres entiers si les écrits avaient disparu. Héritage Sidi Omar Fouti a laissé un héritage immense dans les domaines de la da‘wa, de la formation spirituelle, du jihad, de l’enseignement et de l’écriture. Il a contribué à diffuser la Tijaniyya à une échelle exceptionnelle en Afrique de l’Ouest, tout en incarnant une figure puissante de savant-guide et de réformateur. Il demeure aujourd’hui encore l’une des plus grandes figures de l’histoire islamique ouest-africaine et l’un des noms majeurs de la tradition tijanie.