Notice biographique
Sidi M’hammed Guennoune
Sidi M’hammed Guennoune, de son nom complet Sidi M’hammed Ben Mohamed Ben Abdessalam Guennoune Al-Hassani Al-Idrissi, est l’un des grands savants de Fès et l’une des figures majeures de la Tijaniyya à son époque. Il se distingua par une mémoire exceptionnelle, une maîtrise remarquable des sciences religieuses, et un rôle décisif dans la revitalisation de l’enseignement à la Qarawiyyine.
Naissance et origine
Il naît à Fès en 1270 H, dans un milieu attaché au savoir et à la tradition religieuse. Il mémorise très tôt le Coran, puis se consacre entièrement à l’étude, révélant dès sa jeunesse des qualités intellectuelles rares qui feront de lui l’un des grands maîtres de son temps.
Formation
Il étudie auprès de plusieurs éminents savants de la Qarawiyyine, notamment :
Sidi Ahmed Bennani Kalla
Sidi Ahmed Alami
son cousin Sidi Mohamed Ben al-Madani Guennoune
Sidi Mohamed Ben al-Abbas al-Iraqi
Sa formation fut particulièrement marquée par Sidi Mohamed Ben al-Abbas al-Iraqi, qui fut son maître principal et auprès de qui il acheva son parcours.
Ses contemporains le décrivent comme un savant d’une grande précision, doté d’une mémoire exceptionnelle, capable d’éclairer les questions difficiles avec clarté et profondeur.
Attachement à la Tijaniyya
Sidi M’hammed Guennoune reçut la Tijaniyya auprès de plusieurs grandes figures de la voie, parmi lesquelles :
Sidi Larbi Ben Sayeh
Sidi Ahmed Mahmoud ad-Dar‘i
Sidi Ahmed Ben Ahmed Bennani Kalla
ainsi que d’autres maîtres autorisés
Son rattachement effectif à la voie date de 1285 H / 1868, alors qu’il n’avait pas encore quinze ans. Avant même cette date, il accompagnait déjà son père à la grande zawiya tijanie pour assister à la الوظيفة, ce qui montre l’ancienneté de son lien avec cette tradition spirituelle.
Il fut ensuite autorisé à transmettre ses adhkar, et les sources rapportent qu’à la fin de sa vie il connaissait des états spirituels qui témoignaient d’une haute distinction intérieure.
Enseignement et rayonnement scientifique
Après sa formation, il se consacre à l’enseignement à la Qarawiyyine à partir de 1292 H / 1875, alors qu’il n’a que 22 ans. Il devint rapidement une référence majeure dans l’enseignement religieux à Fès, et forma un grand nombre de savants, de juges, d’imams, de notaires et de professeurs.
Parmi ses élèves les plus connus figurent :
Sidi Ahmed Skiredj
Sidi Mohamed Lahjouji
Sidi Hassan Mazzour
Sidi Mohamed Ben Abdelouahed An-Nadhifi
Al-Fatimi Ach-Charadi
Abdessalam Ben Mohamed Bennani
Mohamed Ben Abdallah Ach-Chaouni
Mohamed al-Hajoui
Mohamed Ben Mohamed Bennani
Abdessalam al-Muhibb al-Alawi
Sa réputation dans l’enseignement fut telle que plusieurs auteurs le qualifièrent de hâfiz de son époque.
Son rôle dans le renouveau des sciences
Son disciple Mohamed al-Hajoui rapporte qu’il redonna vie à des disciplines qui s’étaient affaiblies ou presque éteintes. Il relança notamment :
l’enseignement du tajwid
la lecture du Talkhis avec le Mutawwal de Sa‘d
la lecture du tafsir d’al-Baydawi
Ce renouveau scientifique eut un grand impact sur les étudiants. Il fut un temps éloigné de cet enseignement lorsqu’il fut chargé du qada d’Asfi, mais il ne resta dans cette fonction qu’environ une année avant de demander à en être relevé, afin de revenir à son véritable domaine : la diffusion du savoir.
Œuvres
Sidi M’hammed Guennoune a laissé un nombre important d’ouvrages dans le soufisme, le hadith, le fiqh, le bayan, le manṭiq, la croyance et les controverses savantes. Parmi ses œuvres les plus connues :
Hall al-Aqfal fi Sharh Jawharat al-Kamal
Sharh Yaqutat al-Haqa’iq
Raf‘ al-‘Itab ‘amman mana‘ az-Ziyara min al-Ashab
Ad-Durr al-Manzum fi Nusrat al-Qutb al-Maktum
An-Nutq al-Mafhum fi Hall Mushkilat ad-Durr al-Manzum
Al-Ibana
Ithaf at-Talib fi Najat Abi Talib
Tahdhir al-Abrar min Mukhalatat al-Kuffar
Kashf al-Litham ‘an Hukm Dukhul al-Hammam
As-Sawa‘iq al-Mursala
Al-‘Iqd al-Farid
Tahqiq al-Qawl bi ‘Adam Islam Fir‘awn
Ar-Riyad al-Bahja
Hall ar-Rumuz
I‘lam ar-Rawi
ainsi que plusieurs khatmas savantes du Sahih al-Bukhari, du tafsir, du Mukhtasar Khalil et du Shifa’
Cette abondance d’écrits témoigne de l’étendue de son savoir et de la diversité de ses centres d’intérêt.
Décès
Il décède après la prière du ‘asr, le vendredi 28 Cha‘ban 1326 H / 24 septembre 1908.
La prière funéraire fut dirigée après le maghrib, dans la zawiya tijanie ahmadienne de Fès, par son élève Sidi Mohamed Ben Mohamed Bennani. Il fut enterré auprès du sanctuaire du saint Sidi Abi Ghalib, à gauche en entrant dans la coupole.
Héritage
Sa disparition suscita une profonde émotion à Fès. Une foule nombreuse assista à ses funérailles, et les témoignages rapportent que jeunes et vieux cherchèrent sa bénédiction. Il fut pleuré par de nombreux poètes et savants, signe de la place éminente qu’il occupait dans la vie intellectuelle et spirituelle de son temps.
Son héritage demeure vivant à travers ses nombreux disciples, les sciences qu’il a contribué à raviver, et les œuvres qu’il a laissées, qui confirment son rang parmi les plus grands savants de son époque.

