Région documentaire

Mauritanie

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La Mauritanie

La Mauritanie occupe une place éminente dans l’histoire de la voie tidjaniya. Elle fut l’un des grands foyers savants à partir desquels la tariqa se transmit, se consolida et rayonna vers de vastes espaces, en particulier vers l’Afrique subsaharienne. Ce rayonnement doit beaucoup à la stature exceptionnelle de Sidi Mohamed Hafez Chenguiti, figure majeure de la voie dans cette région, par qui un très grand nombre de savants, de maîtres et d’hommes de spiritualité reçurent l’enseignement tidjani.

Autour de lui se constitua un véritable milieu de science, de transmission et d’éducation spirituelle. De nombreux ouvrages, commentaires, épîtres et poésies virent le jour dans cet espace chinguittien, témoignant à la fois de la profondeur doctrinale de la voie et de son enracinement dans un univers de savoir, de dévotion, de dhikr et de service religieux. À travers ses disciples et les disciples de ses disciples, la tariqa connut une expansion remarquable, touchant non seulement les tribus savantes de Chinguitt, mais aussi d’innombrables disciples venus des contrées africaines situées au sud du Sahara.

Sidi Mohamed Hafez ibn Sidi al-Mukhtar ibn Hbib ibn Ikrish al-Alawi al-Chenguiti fut l’une des plus grandes figures de cet héritage. Élevé dans un milieu de piété, de retenue et de droiture, il mémorisa le Coran très jeune et se distingua par une grande pureté de vie, un attachement constant à l’adoration, ainsi qu’une ferme volonté d’acquérir le savoir malgré des débuts rendus difficiles par ses charges familiales. Sa formation fut marquée par une haute aspiration, une persévérance peu commune et une intelligence qui lui permit de rattraper puis de dépasser nombre de ses contemporains.

Lors de son voyage vers le Hijaz, il passa par Fès, où Dieu lui ouvrit la porte de la rencontre avec le Cheikh Sīdī Aḥmad al-Tijānī رضي الله عنه. Cette rencontre fut décisive. Il séjourna auprès de lui dans la zawiya bénie de Fès, y reçut éducation, élévation spirituelle, sciences et secrets, et assista à des scènes qui le marquèrent profondément. Il fut notamment témoin de l’imposition de Jawahir al-Ma‘ani, dictée par le Cheikh à Sidi Ali Harazem. Au moment de son départ, le Cheikh lui accorda une ijaza explicite pour transmettre le wird, enseigner la voie selon ses conditions, et désigner sous lui un nombre limité de muqaddams lorsque la nécessité l’exigerait.

De retour dans son pays, Sidi Mohamed Hafez commença d’abord par enseigner la science, rédiger des ouvrages utiles et observer la recommandation de réserve qui lui avait été faite. Mais l’heure de la manifestation arriva. La diffusion de la voie commença effectivement par lui d’une manière éclatante, jusqu’à s’étendre largement dans les terres mauritaniennes et au-delà. Le texte souligne avec force que, si d’autres avaient pu porter auparavant quelque chose de la voie, nul avant lui ne l’avait déployée avec une telle ampleur dans ces régions. C’est ainsi qu’il devint l’un des grands pivots du rayonnement tidjani dans l’Ouest africain.

Parmi les plus illustres de ceux qui se formèrent auprès de lui figurent Sidi Mouloud Fall, immense référence spirituelle et savante, ainsi que Hassan al-Tariqa, Sidi Mohamed ibn Abdallah al-Alawi al-Chenguiti. Son influence toucha aussi son entourage familial, au premier rang duquel son épouse, la Sayyida Fatima, femme d’expérience spirituelle et de connaissance, que son mari compta parmi les personnes autorisées à transmettre sous son autorité. Cette maison fut ainsi l’un des lieux où se prolongea, dans la science comme dans la sainteté, l’héritage de la voie.

Les sources rapportent également à son sujet de nombreuses manifestations de faveur divine, sans jamais les présenter comme une fin en soi, mais comme des signes de la grâce d’Allah accordée à l’un de Ses serviteurs sincères. Sa vie apparaît ainsi comme l’union harmonieuse de la science, de l’éducation spirituelle, de la transmission du wird, de la production intellectuelle et du rayonnement humain. Il mourut en l’an 1245 de l’Hégire, après une vie entièrement consacrée au savoir, à la formation et à la diffusion de la voie.

Autour de cette figure centrale gravitait un nombre considérable de savants chinguittiens, dont plusieurs furent eux aussi d’éminents représentants de la tariqa. Parmi eux, on peut citer Sidi Sa‘id ibn Sidi al-Mukhtar ibn Hbib ibn Ikrish al-Alawi al-Chenguiti, Sidi Mohamed ibn Mohamed al-Saghir connu sous le nom d’Ibn Anbouja al-Chenguiti al-Tichiti, Sidi Ahmed al-Saghir al-Chenguiti al-Tichiti, Sidi Ahmed Ham ibn al-‘Abbas al-Alawi al-Chenguiti, Hassan al-Tariqa Sidi Mohamed ibn Abdallah al-Alawi al-Chenguiti, Sidi Mouloud Fall ibn Mohamed al-Ya‘qoubi al-Chenguiti, Sidi ‘Ubayda ibn Sidi Mohamed al-Saghir al-Chenguiti, Sidi Baba ibn Ahmed Beib al-Alawi al-Chenguiti, et Sidi Mohamed al-Hanafi ibn al-‘Abbas al-Alawi al-Chenguiti. Tous sont décrits comme des hommes de science, de piété, d’adoration, de dhikr et de proximité divine.

Ainsi, la Mauritanie n’apparaît pas seulement comme une terre ayant accueilli la voie tidjaniya, mais comme l’un de ses grands foyers savants et spirituels. Elle fut une terre de maîtres, de poètes, de juristes, d’éducateurs et de saints, dont l’action conjuguée contribua puissamment à l’enracinement et au rayonnement de la voie dans l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest.

Enfin, la Mauritanie ne s’est pas distinguée seulement par l’abondance de ses savants tidjanis, mais aussi par les liens étroits qu’entretenaient ses grandes figures avec les érudits marocains des premières générations de la voie. Parmi les exemples les plus marquants figure la relation de Sidi al-‘Arbi ibn al-Sayih avec des savants chinguittiens de premier plan, notamment Sidi ‘Ubayda al-Chenguiti et son frère Sidi Mohamed al-Saghir. Ces relations témoignent de l’unité profonde du réseau savant tidjani entre le Maroc et le Bilad Chinguitt, fondé sur la correspondance, la transmission, l’estime mutuelle et le partage des sciences de la voie. On peut également citer, dans ce même horizon, les liens de Sidi Mohamed ben Ahmed Akensous avec les savants de cette région. Dans la génération suivante, cette continuité apparaît de nouveau avec l’érudit Sidi Ahmed Skiredj, qui entretint à son tour des relations suivies avec plusieurs savants chinguittiens, parmi lesquels Sidi Mohamed ‘Ale Chenguiti et d’autres encore. Ainsi, la Mauritanie et le Maroc formèrent, au sein de l’histoire tidjaniya, un espace de circulation savante, spirituelle et humaine d’une rare densité.

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