21/03/20269 min de lectureFR

17 Shawwâl : Se souvenir du Shaykh Ahmad al-Tijânî, le Pôle caché et le Sceau des saints

Skiredj Library of Tijani Studies

(Prof. Mohamed Erradi Genoune)

Au nom d’Allah, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux.

Qu’Allah répande Ses prières et la paix sur notre maître Sayyidinâ Muhammad, sur sa famille et sur ses compagnons.

Chaque année, le 17 shawwâl revient comme une date profondément chérie par les gens de la voie tijânî. C’est le jour où le Shaykh Abû al-‘Abbâs Ahmad al-Tijânî, que Dieu l’agrée, a quitté ce monde. Se souvenir de ce jour n’est pas seulement un acte de rappel historique. C’est un renouvellement d’amour, de gratitude, de loyauté, et une méditation sur l’héritage de l’un des plus grands saints et savants de l’islam.

Cette commémoration honore un majestueux pôle spirituel dont la vie a rassemblé des gens au-delà de la couleur, de la langue, de la culture et de l’ethnie. Autour de la récitation de la Wazîfa, il réunissait les Blancs, les Noirs et tous les autres peuples dans une même assemblée, comme s’ils avaient été le cœur d’un seul homme : unis dans l’amour, la paix, l’affection, la fraternité et l’affinité spirituelle.

Un Shaykh qui a uni les cœurs

L’un des signes les plus remarquables du rayonnement du Shaykh Ahmad al-Tijânî est son pouvoir de rassembler les cœurs. Sa voie a franchi les frontières et surmonté les différences. Des hommes et des femmes de régions lointaines, de langues différentes et de milieux sociaux variés se sont trouvés unis par son enseignement dans le rappel d’Allah et l’amour de l’Envoyé d’Allah, que la paix et les bénédictions soient sur lui.

Ce n’était pas l’unité des slogans. C’était l’unité des âmes attirées les unes vers les autres par la sincérité, l’adab et la dévotion. Voilà pourquoi sa présence continue d’être ressentie aujourd’hui à travers le monde.

Un exemple vivant de science, d’action et de vertu

Le Shaykh Ahmad al-Tijânî n’était pas seulement un guide spirituel. Il était une incarnation vivante de la science, de l’action droite et du noble caractère. Il était aussi un exemple parfait de conformité à la Sunna de son aïeul, l’Envoyé d’Allah, que la paix et les bénédictions soient sur lui.

L’une des descriptions les plus claires et les plus fortes de sa personne est venue du savant Sîdî Mohamed Hafiane Charqi, l’un de ses proches compagnons. Interrogé pour décrire le Shaykh, il répondit :

« C’était un homme qui ordonnait ce qu’Allah et Son Envoyé ont ordonné, et qui interdisait ce qu’Allah et Son Envoyé ont interdit. »

Celui qui avait posé la question répondit :

« C’est plus que suffisant. »

Et en effet, c’est plus que suffisant. Ce seul témoignage saisit l’essence de la vraie grandeur en islam.

Un saint dont le rang est reconnu depuis des siècles

Cette commémoration est la commémoration d’un majestueux pôle dont la science et la piété sont reconnues depuis plus de deux siècles, et continuent de l’être aujourd’hui.

Ses disciples ne se trouvent pas seulement au Maroc, mais à travers les cinq continents. Ils sont présents en nombre immense dans toute l’Afrique, le monde arabe, l’Indonésie, l’Inde, le Pakistan, la Turquie et bien d’autres régions. La voie tijânî s’est répandue si largement qu’elle touche désormais des dizaines de milliers, et souvent des millions, de personnes dans de nombreux pays.

Ses disciples sont plus de 200 millions à travers le monde. Ils sont connus pour leur attachement à la religion, leur noble conduite, leur honnêteté et leur vénération des enseignements de l’islam.

Le Prophète, que la paix et les bénédictions soient sur lui, a dit vrai lorsqu’il a déclaré :

« Ma communauté ne s’accordera jamais sur l’égarement. »

Le témoignage de Sîdî Ibrâhîm Riyâhî

Parmi les plus grands témoignages au sujet du Shaykh Ahmad al-Tijânî figure celui du célèbre savant tunisien Sîdî Ibrâhîm Riyâhî, que Dieu l’agrée.

Au début de son livre Mibrad al-Sawârim wa al-Asinna, après l’introduction, il écrivit :

« Sachez que le Shaykh susmentionné Abû al-‘Abbâs al-Tijânî, que Dieu l’agrée, compte parmi les hommes dont la mention a franchi tous les horizons, et dont la maîtrise des sciences extérieures et intérieures a été attestée par d’innombrables groupes de compagnons. Sa parole dans le domaine de la gnose et dans d’autres domaines fait partie des preuves les plus éclatantes de cela. »

Il ajouta ensuite :

« Je l’ai rencontré plusieurs fois dans sa zāwiya à Fès, ainsi que dans sa maison, et j’ai prié derrière lui la prière de ‘Asr. »

Vint ensuite l’un des passages les plus saisissants de son témoignage :

« Je n’ai jamais vu personne maîtriser la prière mieux que lui, ni personne prolonger sa prosternation comme il le faisait. Et j’ai été heureux de voir enfin la prière des anciens, la prière de nos pieux prédécesseurs. »

Voilà le témoignage d’un grand savant, d’une autorité éminente et d’un homme de discernement.

Le témoignage de Sîdî Badr al-Dîn Hmoumi

Un autre témoignage puissant vient du grand savant qaraouiyyîn Sîdî Badr al-Dîn Hmoumi de Fès, qui aimait et vénérait le Shaykh Ahmad al-Tijânî et le rencontrait souvent.

Lorsque Sîdî Badr al-Dîn se rendit en Égypte pour le pèlerinage, il emporta avec lui son propre commentaire d’al-Murshid al-Mu‘în en jurisprudence. Là-bas, il présenta son ouvrage à l’un des savants égyptiens. En le lisant, le savant s’opposa vivement à une explication et demanda :

« Personne n’a jamais donné une telle explication. Qui a dit cela ? »

Sîdî Badr al-Dîn répondit aussitôt :

« Telles sont les paroles d’un homme dont le discours, dans notre ville de Fès, est considéré en jurisprudence comme la Mudawwana elle-même. Sa parole fait autorité. C’est une preuve contraignante, et nous ne cherchons pas à la démontrer. Sa parole est juste, et cela ne souffre aucune contestation. »

Une telle déclaration montre l’extraordinaire autorité savante que le Sīdī Aḥmad al-Tijānī exerçait parmi les grands érudits de son temps.

Le témoignage de Sidi Mohamed ben Soulayman al-Manna‘i al-Tounsi

Le grand savant tunisien Sidi Mohamed ben Soulayman al-Manna‘i a également parlé du Sīdī Aḥmad al-Tijānī en des termes d’une force saisissante.

Il a dit :

« Il est un océan. »

Puis il a expliqué :

« Il est un océan dans les sciences apparentes de la religion. Je n’ai jamais vu personne de semblable à lui dans ce domaine. Nul ne lui ressemble en cela. Parmi les ouvrages de jurisprudence, il avait mémorisé le Mukhtasar d’Ibn al-Hajib, le Mukhtasar de Khalil, et le Tahdhib d’al-Baradi. »

Il a aussi rapporté que le Shaykh possédait une mémoire et une maîtrise si extraordinaires qu’il apprenait tout ce qu’il entendait une seule fois, simplement en l’entendant une seule fois.

Puis il a dit :

« C’est un grand savant. Comment pourrait-il être critiqué par quelqu’un qui ne connaît même pas les obligations des ablutions ? »

Et au sujet du hadith, il a dit :

« Quant aux livres de hadith, il avait mémorisé Sahih al-Bukhari, Sahih Muslim, et le Muwatta’. Dans le domaine du hadith, il est comme l’imam al-Ghazali à notre époque. »

Ce ne sont pas là les paroles d’un admirateur ordinaire. C’est le témoignage d’un savant majeur qui reconnut une maîtrise rare et exceptionnelle.

Le témoignage de Sidi Mohamed Akensous

Le juriste et savant Sidi Mohamed Akensous, qu’Allah soit satisfait de lui, a également parlé du rang unique du Sīdī Aḥmad al-Tijānī.

Dans l’introduction de son livre al-Jawab al-Muskit, il rappela comment ses maîtres avaient l’habitude de mentionner le Shaykh chaque fois qu’ils rencontraient une formulation savante difficile ou une subtilité

dans la gnose. Chaque fois qu’ils ne comprenaient pas quelque chose chez un savant ou un gnostique, ils disaient :

« Sīdī Aḥmad al-Tijānī a dit telle et telle chose. »

Akensous dit que ses maîtres faisaient son éloge avec tant d’insistance chaque fois que son nom était mentionné qu’il finit par demander :

« Qui est donc cet homme qu’on loue tant chaque fois que son nom est cité ? »

On lui répondit :

« C’est un grand saint qui a parfaitement maîtrisé toutes les sciences. Chaque fois qu’on lui pose une question, il répond avec précision et vérité pure, sans hésitation et sans avoir besoin de rouvrir un livre. Nous commençons immédiatement à écrire ce qu’il dicte, et c’est comme s’il lisait chaque réponse directement dans une référence authentique. »

Ce témoignage révèle non seulement sa sainteté, mais aussi sa maîtrise immédiate des sciences religieuses.

Sa présence élevait ceux qui l’entouraient

La grandeur du Sīdī Aḥmad al-Tijānī était telle que le simple fait d’être vu en sa compagnie devenait une marque d’honneur.

Un jour, le célèbre savant de la Qarawiyyin Sidi Hamdoune ibn al-Hajj al-Sulami pria derrière un homme ordinaire, le saint Sidi Mukhtar Tilimsani. Lorsqu’on le lui fit remarquer, il répondit :

« Je l’ai vu assis à côté de Sīdī Aḥmad al-Tijānī. Quiconque s’assoit à ses côtés est digne, à mes yeux, que je prie derrière lui, quel qu’il soit. »

Cela montre la profondeur de la confiance et de la révérence que les gens de science éprouvaient pour le Shaykh et pour ceux qui lui étaient proches.

Pourquoi le 17 Shawwal compte encore

La commémoration du 17 Shawwal ne concerne pas simplement le départ d’un saint. Il s’agit de se souvenir d’un homme dont la vie est devenue une preuve de ce que peuvent être le savoir sacré, l’adoration sincère, une Sunnah profonde, le noble caractère et l’autorité spirituelle lorsqu’ils se trouvent réunis en une seule personne.

C’est un rappel que la véritable grandeur en Islam ne se bâtit pas sur le bruit, la prétention ou l’apparence. Elle se bâtit sur l’obéissance à Allah, la fidélité au Messager, le service de la création, et la force d’unir les cœurs autour de la vérité.

C’est pourquoi le souvenir du Sīdī Aḥmad al-Tijānī demeure vivant à travers le monde. Son héritage continue de façonner des millions de personnes. Sa voie continue de nourrir les âmes. Ses enseignements continuent d’appeler les gens vers Allah par la pureté, la discipline, l’amour et le rappel.

Conclusion

Le 17 Shawwal, les gens de la voie tijanie se souviennent du Shaykh Abu al-‘Abbas Sīdī Aḥmad al-Tijānī, qu’Allah soit satisfait de lui, avec amour, gratitude et révérence. Ils se souviennent d’un pôle caché, d’un sceau de sainteté, d’un savant à la maîtrise immense, d’un guide des cœurs, et d’un serviteur d’Allah dont l’influence se poursuit à travers les continents et les générations.

Qu’Allah soit satisfait de son âme pure.

Que d’innombrables salutations soient sur son noble rang et son mausolée béni.

Et qu’Allah maintienne les cœurs attachés à la vérité, au rappel et à l’amour sincère.

Wa al-salamu ‘alaykum wa rahmatullahi wa barakatuh.

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