21/03/20269 min de lectureFR

Un disciple tijânî peut-il rendre visite aux grands saints de la voie ? Comprendre la règle de l’interdiction de visiter les saintsUne explication claire de la règle tijânî relative à l’interdiction de visiter les saints, des raisons pour lesquelles elle ne s’applique pas de la même manière aux grands maîtres « ouverts » de la voie, et de la façon dont l’unité de breuvage spirituel préserve le lien du disciple avec le Shaykh Ahmad al-Tijânî.

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Un disciple tijânî peut-il rendre visite aux grands saints de la voie ?

Au nom d’Allah, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux.Louange à Allah, et que les prières et la paix soient sur notre maître Muhammad, sur sa famille et sur ses compagnons.

Une question continue de se poser après l’examen de la condition connue, dans la voie tijânî, comme l’interdiction de la visite extérieure. Certains frères ont, à juste titre, demandé une clarification plus précise : si le disciple se voit interdire de rechercher un soutien spirituel en dehors de son canal propre, cette règle s’applique-t-elle aussi, de la même façon, aux grands hommes de la voie tijânî elle-même, tels que ses principaux khalîfas, ses éducateurs, ses muqaddams, et ceux de ses gens qui sont « ouverts » ?

La réponse requiert précision, équilibre et juste compréhension des rangs.

La règle ne repose pas sur l’égalité des rangs

Comme il a été dit précédemment, il n’y a pas d’analogie lorsqu’une différence essentielle existe. Le rang (maqâm) de notre maître Shaykh Ahmad al-Tijânî, qu’Allah soit satisfait de lui, est plus élevé, plus grand, plus vaste et plus englobant que celui de quiconque dans la voie. Tout disciple tijânî le sait, et pas seulement par l’étude. Cette reconnaissance devient presque naturelle dès lors que l’on est véritablement enraciné dans la voie et discipliné par ses enseignements et sa terminologie.

Il n’y a ici aucune confusion réelle pour les disciples intègres.

Un exemple simple l’éclaire. Il arriva un jour qu’un disciple illettré, incapable de lire ou d’écrire, visita le sanctuaire de l’un des grands compagnons de notre maître Shaykh Ahmad al-Tijânî. Après avoir achevé la visite, il demanda qu’on l’accompagne jusqu’à chez lui. En chemin, il se mit à mentionner certaines des karâmât et des vertus du saint dont il venait de visiter le mausolée. Puis, à la fin de son discours, il prononça des paroles dont le sens était à la fois simple et profond : le saint de ce sanctuaire est l’un des bons fruits de notre Shaykh Abû al-‘Abbâs al-Tijânî.

Par cette parole, l’affaire fut tranchée. Sa croyance était saine. Son lien intérieur avec le Shaykh était ferme. Il reconnaissait la grandeur de ce saint, mais il le reconnaissait comme relevant de la lumière rayonnante du Shaykh, non comme un pôle spirituel indépendant rivalisant avec lui.

Le principe clé : les grandes figures de la voie demeurent dans l’orbite du Shaykh

C’est là le cœur de la question.

Aucun grand maître tijânî doté d’une ouverture spirituelle, si exalté que puisse être son rang, ne se tient en dehors de la lumière rayonnante de Shaykh Ahmad al-Tijânî. Quelque élevé que soit son maqâm, il demeure, en définitive, un bon fruit parmi les fruits du Pôle Caché.

C’est pourquoi visiter une telle personne n’est pas la même chose que se détourner du Shaykh. La différence est essentielle.

Le disciple qui rend visite à l’un des grands hommes « ouverts » de la voie ne détourne pas pour autant son cœur de la source. Il reconnaît plutôt la source à travers l’une de ses traces lumineuses.

Ce que Sîdî Muhammad al-‘Arabî ibn al-Sâ’ih a clarifié

Cette question a été expliquée avec une grande clarté par le grand pôle et le « Boukhârî de la voie », Sîdî Muhammad al-‘Arabî ibn al-Sâ’ih, qu’Allah soit satisfait de lui, dans Bughyat al-Mustafîd. Il a placé la question sur des fondements solides et en a dissipé la confusion.

Quiconque souhaite étudier la question en profondeur doit revenir, calmement et attentivement, au passage pertinent de cet ouvrage béni. Une lecture réfléchie conduira le plus souvent le lecteur à la même conclusion : l’interdiction de la visite extérieure ne s’applique pas d’une manière simpliste ou indiscriminée à toute forme de visite, et certainement pas aux grands hommes « ouverts » de la voie dont le breuvage spirituel est uni au breuvage du Shaykh.

L’exemple de la visite aux prophètes

La question devient encore plus claire lorsqu’on l’examine à travers un autre exemple. Le disciple tijânî a le droit de visiter les prophètes avec l’intention d’un bénéfice spirituel et d’une réception. Si un disciple entre dans le maqâm de l’un des nobles prophètes, l’honore, recherche la bénédiction, se tient avec humilité, et reçoit ce que reçoit d’ordinaire le visiteur : du khushû‘ et un cœur brisé devant Allah, quelqu’un imaginerait-il alors que cette visite le détourne de la présence de Sayyidinâ Muhammad, paix et bénédictions sur lui ?

Jamais.

Le rang du Prophète, paix et bénédictions sur lui, est fermement établi dans le cœur du disciple. Aucun autre rang ne peut lui être rival, quelle que soit sa sainteté, sa proximité ou sa dignité. La même logique s’applique ici. Visiter un grand khalîfa ou un saint « ouvert » parmi les gens de la voie tijânî ne signifie pas se détourner du Shaykh, car le rang du Shaykh demeure fondamental, insurpassé et régissant.

Les cinq catégories unies par un même breuvage spirituel

Si nous regardons plus profondément, nous trouvons que les cinq catégories non incluses dans l’interdiction générale sont unies par un unique principe sous-jacent. Ce sont :

les prophètes

les compagnons

les anges

le Shaykh lui-même

les hommes « ouverts » parmi les gens de cette noble voie

Ce qui les unit ici, c’est l’unité du breuvage spirituel.

Leur soutien spirituel est un en nature, bien que non identique en échelle, en degré ou en manifestation. Leur lieu d’abreuvement spirituel est un, bien qu’il diffère en ampleur, en quantité et en mode. C’est pourquoi le disciple ne peut pas véritablement boire à une source étrangère et en tirer profit. À chaque peuple son breuvage, comme Allah le dit : « Chaque peuple a connu son lieu d’abreuvement. »

L’enjeu, dès lors, n’est pas la simple visite extérieure. C’est la réalité de ce dont on boit spirituellement.

Le sens de l’unité de mashrab

Sîdî Muhammad al-‘Arabî ibn al-Sâ’ih a indiqué que ce qui unit ces cinq catégories dans cette question est précisément cela : leur mashrab est un. Le breuvage est un. La différence ne réside que dans le degré, l’amplitude et le tajallî.

C’est un principe subtil, mais décisif.

Cela signifie que lorsque le disciple reçoit de l’un des grands hommes « ouverts » de la voie, il ne reçoit pas nécessairement d’une source rivale. Il reçoit plutôt d’un canal qui appartient au même fleuve.

C’est pourquoi la question ne se juge pas seulement aux apparences.

Il est jugé d’après l’unité ou l’étrangeté de la boisson spirituelle.

La clairvoyance de celui qui a reçu l’Ouverture

Ce point devient encore plus précis lorsqu’on parle du maftūḥ ‘alayh, celui à qui l’ouverture est accordée. Un tel homme connaît, dans l’acte même de recevoir le soutien spirituel, la nature de la boisson qui lui parvient. Si elle correspond à sa boisson originelle, il la prend. Sinon, il la laisse.

C’est pourquoi l’un des grands muqaddams a expliqué que celui qui a reçu l’Ouverture possède, en cette matière, un discernement. Il ne boit que de son propre mashrab. Même s’il visite extérieurement, intérieurement il demeure protégé par le discernement. Il peut maintenir un lien avec qui il veut, pour l’amour d’Allah, sans tomber dans la chose interdite, à savoir boire d’une source étrangère.

Ainsi, lorsqu’on parle des grands hommes ayant reçu l’Ouverture, il ne faut pas appliquer, sans réserve ni distinction, des règles destinées aux chercheurs ordinaires.

« Tes compagnons sont mes compagnons »

Cette unité de mashrab éclaire aussi l’une des grandes vertus des disciples tijânî. Il a été dit que l’union de boisson entre nous et les nobles compagnons fait partie des sens illuminés par la noble parole que le Prophète, paix et bénédictions sur lui, adressa à notre maître Shaykh Aḥmad al-Tijânî : « Tes compagnons sont mes compagnons. »

C’est là une distinction immense. Elle renvoie à une parenté spirituelle de boisson, non à une égalité de rang. Le rang demeure le rang. Le Prophète demeure le Prophète. Les compagnons demeurent les compagnons. Le Shaykh demeure le Shaykh. Mais le disciple de cette voie est honoré d’être relié à une boisson qui appartient à ce courant muhammadien.

C’est l’un des grands mérites de la voie.

Pourquoi le disciple demeure en sûreté en cette matière

Un disciple sain ne confond pas les niveaux. Il peut honorer un grand saint de la voie, visiter son mausolée, évoquer ses vertus, et rechercher la bénédiction par son souvenir, tout en sachant avec certitude que ce saint est l’une des bénédictions du Shaykh et l’un des fruits de l’arbre muhammadien-tijânî.

C’est pourquoi le disciple demeure en sûreté, pourvu que sa croyance soit saine et que son lien soit ferme.

Le danger ne réside pas dans la reconnaissance des hommes de la voie ayant reçu l’Ouverture, mais dans la perte de vue de la hiérarchie, de la source et de la juste proportion spirituelle. Lorsque celles-ci demeurent intactes, la visite demeure dans l’ordre et l’adab.

La place de Bughyat al-Mustafid dans cette discussion

La conclusion pratique et savante est simple : les savants de la voie, au Maroc et au-delà, s’appuient depuis longtemps, en cette matière, sur Bughyat al-Mustafid. C’est une référence majeure pour clarifier la condition de l’interdiction de visiter les saints et ses limites correctes.

Il convient donc d’aborder la question à travers les explications des grandes autorités de la voie, et non à travers la précipitation, les impressions de surface, ou des formulations partielles détachées de leur contexte.

Conclusion

La condition de l’interdiction de visiter les saints dans la voie tijânî est réelle, importante, et contraignante à l’endroit qui est le sien. Mais elle doit être comprise avec science et mesure. Elle ne signifie pas que le Shaykh et les grands hommes de la voie ayant reçu l’Ouverture soient placés au même niveau. Loin de là. Le rang de Shaykh Aḥmad al-Tijânî demeure unique, suprême et incomparable.

Dans le même temps, les grands hommes de la voie ayant reçu l’Ouverture ne lui sont pas extérieurs. Ils appartiennent à son rayonnement. Ils partagent, chacun selon son degré, la même boisson spirituelle. Voilà pourquoi leur visitation n’est pas comprise comme un détournement loin du Shaykh, mais comme quelque chose qui demeure dans son orbite.

La saine croyance du disciple est donc de savoir ensemble deux choses :

premièrement, qu’il n’y a d’égalité entre le Shaykh et personne d’autre,et deuxièmement, que les grands hommes de la voie ayant reçu l’Ouverture comptent parmi ses fruits lumineux.

Avec cette compréhension, la question devient claire, le lien demeure sain, et le disciple marche avec adab, certitude et paix.

Wa al-salam ‘alaykum wa rahmatullah wa barakatuh.

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