Skiredj Library of Tijani Studies
Au nom d’Allah, le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux. Qu’Allah répande Ses bénédictions et Sa paix sur notre maître Sayyidinâ Muhammad, sur sa famille et sur ses compagnons.
Un frère ahmadî-tijânî sincère a posé une question importante et douloureuse. Après avoir traversé une épreuve personnelle sévère, il est tombé dans la consommation d’alcool plus de cinq fois. Pourtant, durant cette période, il a continué à préserver ses prières et ses awrâd, et ne les a jamais laissés sortir de leurs temps prescrits, pas une seule fois. Plus tard, un profond remords s’est emparé de lui. Il a contacté le muqaddam qui lui avait initialement donné le wird, a tout expliqué en détail, et on lui a dit : « Tu as besoin d’un renouvellement, et je ne te renouvellerai pas. »
Cet article répond clairement à cette question : un disciple tijânî qui commet un péché majeur tel que boire de l’alcool a-t-il besoin d’un tajdîd, ou bien a-t-il besoin d’une tawba ?
La réponse, selon les enseignements transmis de la voie, est décisive : il a besoin de repentance, non de renouvellement.
La voie tijânie est fondée sur la taqwâ et l’obéissance
Il ne fait aucun doute que la crainte d’Allah, l’obéissance à Ses commandements et l’évitement des péchés figurent parmi les fondements essentiels de la voie ahmadî-tijânie. Shaykh Ahmad al-Tijânî, qu’Allah l’agrée, a souligné à maintes reprises que le disciple doit respecter la Loi sacrée, éviter les grands péchés et demeurer vigilant face à la désobéissance.
Cela suit le principe coranique :
« Ce que le Messager vous donne, prenez-le ; et ce qu’il vous interdit, abstenez-vous-en. Et craignez Allah. Certes, Allah est dur en châtiment. »Qur’an 59:7
Les lettres et enseignements transmis dans les grands ouvrages de la voie vont constamment dans ce sens. Un disciple tijânî n’est pas dispensé des obligations de la religion. Au contraire, on attend de lui qu’il préserve sa prière, son honneur, sa conduite et son pacte.
Et oui, boire de l’alcool est un péché grave. Allah Très-Haut dit :
« Ô vous qui croyez ! Les intoxicants, le jeu de hasard, les pierres dressées [aux idoles] et les flèches divinatoires ne sont qu’une souillure, œuvre de Satan ; évitez-les donc, afin que vous réussissiez. »Qur’an 5:90
Le péché en lui-même est donc grave. Mais la question juridico-spirituelle ici est différente : ce péché expulse-t-il un disciple de la voie tijânie ?
Commettre un péché majeur ne rompt pas automatiquement le pacte tijânî
La réponse est non. Même si le péché est grave, il n’annule pas, par lui-même, l’autorisation du disciple dans la voie.
Le disciple qui boit de l’alcool a commis une faute lourde et doit revenir vers Allah par la repentance. Mais cela ne revient pas à dire qu’il a quitté la voie et qu’il doit recevoir le wird à nouveau depuis le début.
Les savants de la tradition tijânie ont été explicites sur ce point : les péchés n’exigent pas de tajdîd à moins que l’une des trois conditions connues de la voie n’ait été violée.
Voilà la distinction cruciale.
Qu’est-ce qui, en réalité, requiert un renouvellement dans la voie tijânî ?
Le renouvellement est lié à la rupture des trois conditions bien connues de la voie, et non à tout acte de péché.
Un disciple a besoin de tajdîd lorsqu’il rompt le pacte de la voie elle-même, par exemple en violant l’une de ses conditions essentielles. Mais la simple désobéissance, même une désobéissance majeure, ne dissout pas en elle-même le lien du wird.
C’est pourquoi les savants ont affirmé clairement qu’un disciple qui tombe dans le péché n’est pas invité à renouveler le pacte, mais à se repentir sincèrement et à revenir à Allah.
Le jugement correct : tawba, et non tajdîd
Cette question précise a été exposée dans les commentaires transmis de la voie.
Le sens donné par les savants est simple : si quelqu’un est surpris par un péché, qu’il soit majeur ou mineur, ce qui est requis de lui, c’est le repentir, non le renouvellement.
La tradition des commentaires explique que tel était l’enseignement constant du Shaykh Ahmad al-Tijânî, qu’Allah soit satisfait de lui. Chaque fois que la nouvelle lui parvenait que quelqu’un était tombé dans un acte répréhensible, il ne lui ordonnait pas de renouveler la voie. Il lui ordonnait plutôt de se repentir avec ses conditions propres, d’abandonner l’entêtement dans le péché, et de se garder de se croire à l’abri du jugement d’Allah.
Voilà l’équilibre de la voie : gravité à l’égard du péché, mais sans jugement erroné selon lequel tout pécheur serait sorti de la tarîqa.
Si tu es tombé dans l’alcool tout en gardant ta prière et tes awrâd, que dois-tu faire ?
Si un disciple est tombé dans l’alcool durant une période de dure épreuve, tout en continuant à accomplir ses prières et ses awrâd à l’heure, alors il doit faire ce qui suit :
Il doit cesser le péché, en éprouver du remords, demander à Allah pardon, et revenir à la droiture. Il doit aussi éviter les circonstances qui l’y ont conduit.
Mais il n’a pas besoin de tajdîd du seul fait de ce péché.
Il a besoin de tawba.
Voilà la réponse.
Le grand danger n’est pas la chute elle-même, mais la persistance sans repentir
Un principe vital de la spiritualité islamique est que le croyant peut tomber, mais qu’il ne doit pas s’installer dans la chute.
Le problème n’est pas simplement qu’une personne ait commis un péché. Le problème plus grave est qu’elle s’en accommode, s’y obstine, le défende, ou délaisse le repentir.
S’il se repent chaque fois qu’il tombe, il demeure sous la miséricorde d’Allah. S’il revient encore, il doit se repentir encore. S’il tombe à répétition, il doit revenir à répétition. La porte de la tawba demeure ouverte tant que le serviteur demeure vivant et sincère.
Ce sens est magnifiquement étayé par l’enseignement prophétique selon lequel celui qui se repent du péché est comme celui qui n’a jamais péché du tout.
Et l’enseignement de la voie est plus porteur d’espérance encore : le serviteur qui revient continuellement à Allah, quelque nombreux que soient ses faux pas, est aimé de son Seigneur s’il est véritablement de ceux qui reviennent toujours.
« Ne sois pas une aide pour Satan contre ton frère »
Il y a ici aussi une importante leçon morale pour les communautés tijânî et les muqaddam.
Quand un disciple tombe dans le péché, on se précipite souvent vers l’humiliation, le rejet et une supériorité morale. Mais ce n’est pas la voie prophétique.
Un exemple frappant est rapporté dans un contexte tijânî à Rabat, où des frères virent un jeune disciple dans un état d’ivresse. Lorsqu’ils le mentionnèrent ensuite sur un ton de mépris, le muqaddam les réprimanda et dit :
« Ne sois pas une aide pour Satan contre ton frère. »
Cela reflète un principe prophétique sain. Le pécheur doit être corrigé, conseillé et appelé au repentir. Mais il ne doit pas être écrasé, raillé, ni poussé plus avant dans le désespoir.
Le but est le retour, non la ruine.
Un muqaddam peut-il refuser de renouveler quelqu’un qui n’a même pas besoin de renouvellement ?
Si le disciple n’a commis qu’un péché, même grave comme la consommation d’alcool, et n’a pas violé les conditions du pacte de la voie, alors la question n’est pas, à l’origine, une question de renouvellement.
La véritable rectification est donc celle-ci : il faut dire au disciple de se repentir sincèrement, et ne pas l’accabler d’un jugement inutile de tajdîd.
Un muqaddam a certainement le droit de réprimander un disciple pour un tel péché majeur. En vérité, il se peut qu’il soit la personne la plus en droit de le faire. Mais la réprimande est une chose ; la mauvaise qualification du jugement en est une autre.
La réponse adéquate est : Repens-toi. Reviens à Allah. N’abandonne pas tes prières ni tes awrâd. Ne désespère pas.
Un péché majeur n’efface pas le wird
L’un des enseignements les plus rassurants en la matière est que l’autorisation du disciple ne lui est pas retirée pour un simple péché.
Le wird n’est pas annulé à cause de l’ivresse, du vol, de la colère, de la concupiscence, ou d’autres manquements graves. Ce sont des péchés qui exigent repentir, discipline et lutte spirituelle. Mais ils n’annulent pas automatiquement le lien du disciple avec la voie.
C’est pourquoi les savants ont dit clairement : les actes de désobéissance ne dépouillent pas le disciple de l’autorisation du wird.
Ils requièrent la tawba, non le tajdîd.
À quoi ressemble le repentir sincère dans ce cas
Pour le disciple dans cette situation, la tawba sincère comprend :
cesser totalement de boire
regretter ce qui s’est passé
demander à Allah à maintes reprises pardon
prendre la résolution de ne pas y retourner
maintenir les prières et les awrâd avec un sérieux renouvelé
éviter les personnes, les pressions et les situations qui ont conduit au péché
accroître l’istighfâr, le dhikr et l’action vertueuse
S’il retombe, il doit se repentir à nouveau. Il ne doit jamais dire : « Parce que j’ai péché encore, mon repentir ne compte plus. » C’est l’un des pièges de Satan.
La voie enseigne le retour, non le désespoir.
Réponse finale
Un disciple tijânî qui a bu de l’alcool durant une période d’épreuve, tout en maintenant ses prières et ses awrâd, n’a pas besoin de renouveler la voie du seul fait de ce péché.
Il a besoin de repentir.
Il doit revenir à Allah, demander pardon, abandonner le péché, et poursuivre son chemin avec humilité et sincérité. Le pacte de la voie n’est pas rompu par le péché ordinaire, même un péché grave. Il est rompu par la violation des conditions connues du pacte qui l’annulent spécifiquement.
Ainsi, la réponse est claire :
Boire de l’alcool est un péché grave. Mais le remède est la tawba, non le tajdid.
Qu’Allah pardonne tout pécheur qui revient à Lui, raffermisse tout disciple dans l’obéissance, et protège les gens de la voie du désespoir, de la dureté et de la confusion.
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