21/03/202621 min de lectureFR

Perles de sagesse des savants tijanis (2)

Skiredj Library of Tijani Studies

Beauté, adab, certitude, rappel divin et discernement spirituel dans la tradition tijanie

L’héritage savant tijani est riche non seulement en grands ouvrages doctrinaux et en biographies, mais aussi en enseignements spirituels concis qui éclairent la logique intérieure de la voie. Ces courts passages expliquent souvent ce qu’est véritablement la Tariqa, comment elle doit être pratiquée, comment les croyants doivent parler des amis de Dieu, et comment préserver l’adab tant dans la dévotion que dans la doctrine.

Cette deuxième livraison des Perles de sagesse des savants tijanis présente une restitution anglaise fidèle d’enseignements choisis de savants tels que Sidi Ahmad Skiredj et d’autres autorités de la tradition tijanie. Chaque perle apparaît ici sous son propre titre afin que le lecteur puisse y réfléchir lentement et clairement.

La voie tijanie est une voie de beauté

Notre voie tijanie muhammadienne a été fondée sur la conscience de Dieu et l’agrément divin, par ce que Dieu accorda à son fondateur : la sincérité dans ses relations avec son Seigneur et la perfection dans son amour pour le Messager de Dieu, que la paix et les bénédictions soient sur lui.

Ses piliers établis sont l’observance régulière du Wird, de la Wazifa et du rappel du vendredi, après avoir préservé les prières prescrites à leurs temps propres, accompli ce qui a été commandé et évité ce qui a été interdit selon sa capacité.

Quant aux miracles du Shaykh, qu’Allah soit satisfait de lui, et à l’excellence de sa voie, cela se situe en dehors des conditions formelles de la voie elle-même. La voie, dans sa réalité véritable, est le rappel. Tout ce qui est au-delà n’est que vertu ou excès. La vertu ne doit être évoquée qu’auprès de ceux qui sont aptes à la recevoir, tandis que l’excès apparaît lorsque les affaires sont prises en charge par ceux qui n’y sont pas qualifiés.

Les savants insistent aussi sur le fait que Sīdī Aḥmad al-Tijānī n’a pas ordonné à ses compagnons de croire quoi que ce soit de contraire au credo des gens de la vérité. Il leur a plutôt enseigné de tout peser à la balance de la Loi sacrée : ce qui s’accorde avec la Loi doit être accepté, et ce qui la contredit doit être laissé de côté.

Les mêmes savants expliquent que la voie tijanie est une voie de beauté, et que ses litanies sont toutes enracinées dans la beauté. Ils font exception pour certaines invocations associées à la majesté, dont les effets irrésistibles ne conviennent pas au disciple de cette voie. C’est pourquoi la voie tijanie n’est pas bâtie sur la recherche d’effets extraordinaires ni de pouvoirs spirituels. Elle n’est pas fondée sur le style d’entraînement pratiqué dans certaines autres voies soufies. Elle est plutôt une voie de gratitude, comme cela est bien connu parmi ses gens.

En même temps, elle demeure une voie d’ouvertures divines, de stations d’excellence et de dévoilements spirituels déversés sur ses compagnons depuis la Présence muhammadienne par la bénédiction

de Sīdī Aḥmad al-Tijānī.Les savants vont jusqu’à dire que sa sainteté s’est approchée si près d’être une affaire de certitude qu’elle fut reconnue non seulement par ses disciples, mais encore par beaucoup au-delà d’eux.

Affirmer les Amis de Dieu est en soi une forme de sainteté

Les savants déclarent qu’affirmer les amis de Dieu est en soi une forme de sainteté, et que celui qui le fait est préservé du mal, car il entre dans la sphère de la sauvegarde divine et se trouve compté parmi les gens de Dieu.

Quiconque les affirme véritablement a rendu à la seigneurie divine la reconnaissance qui lui est due, ainsi qu’à l’immensité de la grâce de Dieu. Par conséquent, si quelqu’un trouve excessif que de grandes récompenses soient promises aux gens de cette voie tijânî, une telle personne diminue en réalité la largesse divine, qui n’a ni limite ni frontière.

Les savants mettent fortement en garde contre ceux qui se hâtent d’objecter aux amis de Dieu sans embrasser toutes les preuves de la Loi sacrée et sans maîtriser toute l’étendue de la langue arabe par laquelle la Révélation a été transmise. Une telle personne se tient en grave péril, car quiconque montre de l’hostilité envers un ami de Dieu a été déclaré en guerre par Dieu et Son Messager.

Ils remarquent aussi que les amis de Dieu sont intérieurement unis : lorsqu’on s’en prend à l’un d’eux, les autres se tiennent à ses côtés et l’agresseur est rejeté hors de leur compagnie. Cela, disent-ils, a toujours été ainsi et le restera.

Un poète a exprimé la chose avec beauté : si ton propre entendement te précipite dans des abîmes destructeurs, il eût mieux valu pour toi n’avoir jamais « compris » de cette manière.

Pourtant, les savants ne s’arrêtent pas à la condamnation. Ils appellent les croyants à prendre soin même de ces musulmans qui n’ont pas encore goûté la douceur d’affirmer les amis de Dieu, en leur souhaitant repentance et succès divin. Cela, disent-ils, relève du véritable caractère muhammadien : souhaiter aux musulmans ce qui est louable et salvateur.

Ils concluent par une prière : que Dieu nous fasse bénéficier de tous les saints et de tous ceux qui Le connaissent, car nous les aimons et croyons en eux, et « quiconque aime un peuple sera rassemblé avec lui ».

Le fondement prophétique de déployer le drap blanc

Les savants mentionnent qu’il est établi de manière authentique que le Prophète, paix et bénédictions sur lui, déploya son noble manteau pour sa sœur de lait lorsqu’elle vint avec la délégation des Hawâzin. Ils mentionnent aussi qu’il le déploya pour Dihya al-Kalbî lorsqu’il vint en quête de l’islam. Dihya pleura, baisa le manteau et le posa sur sa tête et sur ses yeux.

C’est là, expliquent-ils, une expression claire de révérence et d’honneur. Puisque le Messager de Dieu est notre plus bel exemple, le disciple peut déployer un tissu blanc en signe de révérence pour la présence du Maître de l’existence, paix et bénédictions sur lui. Ils vont jusqu’à dire que si l’on déployait pour une telle arrivée son propre front, ou même le noir de ses yeux, cela conviendrait.

Ils citent des vers qui expriment ce sens : si nous avions su ta venue, nous aurions déployé l’aurore même de nos cœurs, ou l’obscurité de nos yeux, et tracé un chemin sur nos paupières afin que ton passage fût au-dessus d’elles.

Ne déclarez pas mécréants les gens de la foi à cause d’un péché

Le Prophète, paix et bénédictions sur lui, a dit : « Retenez-vous au sujet des gens de “Il n’est de dieu que Dieu”. Ne les déclarez pas mécréants à cause d’un péché. Quiconque déclare mécréants les gens de “Il n’est de dieu que Dieu” est lui-même plus proche de la mécréance. »

Les savants ajoutent que la parole des amis de Dieu est d’une subtilité qui dépasse l’intelligence même de nombreux hommes instruits, à plus forte raison celle du commun. Pour cette raison, tout le monde n’est pas apte à répondre aux objections ou aux controverses concernant les saints et les gens de la réalisation spirituelle.

Ils citent l’imam Mâlik, qui répondit un jour à un homme désireux de réfuter par écrit les innovateurs. Mâlik l’avertit que s’il n’était pas solidement établi et pleinement capable, il risquait de glisser et de périr. Une telle réfutation, dit Mâlik, ne devrait être entreprise que par quelqu’un d’assez fermement établi pour que les opposants ne puissent trouver contre lui la moindre brèche.

Le même principe s’applique ici : quiconque manque de profondeur, d’équilibre et de maîtrise peut entrer dans un débat en voulant défendre la vérité, mais ouvrir au contraire des portes qu’il ne saura fermer. Le résultat ne peut alors que redoubler l’hostilité et la confusion.

Ils citent aussi le conseil de Zakariyyâ al-Ansârî : ne te hâte pas de blâmer la parole d’un mujtahid ou de le déclarer dans l’erreur à moins d’avoir embrassé toutes les preuves de la Loi sacrée et toutes les langues et significations de l’arabe par lesquelles la Loi sacrée est venue. Alors seulement tu peux objecter. Et combien les gens sont loin d’une telle station.

Parmi les honneurs accordés aux Tijanis

L’un des enseignements transmis du shaykh Ahmad al-Tijânî est que ses compagnons, au Jour de la Résurrection, ne se tiendront pas avec le reste de l’humanité dans le lieu d’attente général. Ils seront plutôt à l’ombre du Trône, en un endroit qui leur est réservé, et nul ne les devancera pour entrer dans le Jardin, si ce n’est les Compagnons du Prophète, que Dieu soit satisfait d’eux.

Lorsqu’on lui demanda comment ils avaient atteint un tel rang, il répondit : « Par moi. »

Sîdî Ahmad Skiredj commente que le secret de cela réside dans la parole adressée au shaykh par le Prophète, paix et bénédictions sur lui : « Tes pauvres sont mes pauvres, tes disciples sont mes disciples, et tes compagnons sont mes compagnons. »

De là, dit-il, il devient clair qu’il existe une affinité spirituelle complète entre les Compagnons du Prophète et les compagnons de ce shaykh. En raison de cette affinité, ils sont comptés parmi les grands auprès de Dieu, même si, extérieurement, ils peuvent paraître des gens ordinaires.

Ce qui est recommandé après la Wazîfa

Les savants disent que lorsqu’un groupe de frères récite la Wazîfa ensemble, il est recommandé que chacun serre la main de celui qui est à sa droite et de celui qui est à sa gauche, conformément à la Sunna prophétique.

Ils mentionnent aussi qu’il n’y a aucun mal à réciter la Wazîfa la nuit, que ce soit en raison d’une excuse ou même sans excuse, en raison de l’excellence de la nuit.

Réponse aux critiques : la parole divine n’est pas limitée à ce qui se trouve entre les deux couvertures du muṣḥaf

Certains critiques soutiennent que tout ce qui n’est pas écrit entre les deux couvertures du muṣḥaf ne peut être appelé partie de la parole de Dieu. Les savants répondent en demandant : où sont donc les Écritures envoyées à Adam, à Seth et à d’autres prophètes ? Où est la Torah ? Où est l’Évangile ? Où sont les Psaumes ?

Ils expliquent que la parole éternelle de Dieu ne se limite pas aux livres révélés seulement, car Dieu parle éternellement sans interruption. Sa parole échappe à la portée des intelligences finies, car ce qui est temporel ne peut saisir la véritable essence de l’Éternel. Dieu est exalté, en Son essence, en Ses attributs et en Ses noms, au-delà de toute ressemblance. Quoi que ton imagination fasse surgir, ton Seigneur n’est pas cela. « Rien ne Lui ressemble, et Il est l’Audient, le Voyant. »

Réponse aux critiques : pourquoi les amis de Dieu annoncent la bonne nouvelle à ceux qu’ils aiment

Les savants expliquent que lorsque les amis de Dieu annoncent la bonne nouvelle à ceux qu’ils aiment, ils le font afin que ces croyants augmentent en foi sur foi. De telles bonnes nouvelles produisent des paroles qui réjouissent le croyant et provoquent le critique.

Le premier se voit ouvrir à leur sens propre.XXXXX

Il baisse la tête avec révérence devant eux et n’y voit que la vérité. Quant au second, il ne s’ouvre absolument pas à eux. Le سوء الظن devient une barrière entre lui et celui qui parle, de sorte qu’il n’entend que ce qui confirme ses propres soupçons.

S’il était descendu un peu de sa haute estime de soi, il aurait entendu ce que les autres ont entendu et compris ce qui lui aurait été profitable.

Les savants donnent ensuite un exemple tiré des Jawahir al-Ma'ani, où le Shaykh a dit que le Maître de l’Existence, que la paix et les bénédictions soient sur lui, lui avait dit à l’état d’éveil et non en sommeil : « Tu es au nombre des êtres en sécurité, et quiconque te voit est au nombre des êtres en sécurité, s’il meurt dans la foi. » La condition « s’il meurt dans la foi » montre clairement que la sécurité promise est une sécurité dans l’Au-delà, et non une sécurité mondaine au sens d’être épargné de toutes les difficultés terrestres.

Ils rappellent aussi aux lecteurs que la première condition de la Voie est l’accomplissement correct des prières obligatoires, et que quiconque s’en acquitte est déjà entré dans le champ de la promesse divine.

Le critique, toutefois, lorsqu’il s’oppose à ce que Dieu a préparé pour Ses serviteurs d’élite, se comporte comme si la générosité divine devait être enfermée dans une norme étroite et mesurable. Or Dieu est exalté au-delà des présupposés contraignants des esprits limités.

Une réponse aux critiques : la maîtrise du Prophète, paix et bénédictions sur lui

Les savants mettent en garde les croyants contre le fait de se joindre à la faction qui refuse d’affirmer la maîtrise du Prophète, paix et bénédictions sur lui. Lui-même a dit dans un hadith authentique : « Je suis le maître des enfants d’Adam, et ce n’est point vanité. »

Ce n’est pas une exagération, mais une fidélité aux paroles explicites du Prophète lui-même.

Une réponse aux critiques : la possibilité de l’inspiration pour ceux qui ne sont pas prophètes

Les savants rappellent à leurs lecteurs que l’inspiration divine n’est pas réservée aux seuls prophètes. Dieu dit à Musa, sur lui la paix, au sujet de sa mère : « Et Nous avons inspiré à ta mère ce qui fut inspiré. » Or la mère de Musa n’était pas prophète. Si elle n’avait pas accordé une confiance entière à ce qui lui avait été inspiré, elle n’aurait pas jeté son nourrisson dans le fleuve en un moment de risque si grave. Son acte était fondé sur l’inspiration, et il s’est avéré véridique conformément à la promesse divine.

Ils citent également le cas d’al-Khidr avec Musa. Selon la présentation ici, al-Khidr n’était pas un prophète, et pourtant il agissait sur la base de l’inspiration divine. La formule coranique « Je ne l’ai pas fait de mon propre commandement » est tenue pour preuve que ce qui le mouvait relevait d’une forme de guidée révélée ou d’inspiration. Musa, quant à lui, n’a pas nié le principe lui-même.

Les savants concluent donc qu’une telle inspiration se produit bel et bien pour les saints, et que seuls les sots la nient. Quiconque lit les livres des maîtres spirituels les trouvera remplis de récits d’adresse divine qui leur fut accordée. Ils citent même Abu al-Hasan al-Shadhili demandant, dans sa grande litanie, « une contemplation accompagnée d’une adresse directe ».

Ils relèvent toutefois que les savants ont divergé quant au point de savoir si l’inspiration peut être tenue pour une preuve contraignante. De nombreux juristes nient qu’elle ait force obligatoire en droit, parce qu’on ne peut se fier pleinement aux pensées intérieures de quiconque n’est pas préservé de l’erreur. Les soufis, en revanche, soutiennent que l’inspiration fait autorité pour celui que Dieu a préservé dans ses états extérieurs et intérieurs.

Néanmoins, le bon adab demeure essentiel. Il ne faut ni se hâter de tout nier, ni accepter toute prétention sans examen. Les savants mentionnent le récit célèbre de 'Abd al-Qadir al-Jilani, qui entendit un jour une voix venue du ciel lui disant que les choses interdites lui avaient été rendues licites. Il répondit aussitôt : « Va-t’en, ô maudit. Dieu ne commande pas l’obscénité. » L’apparition trompeuse disparut. Il ne fut pas dupé, car il jugea l’expérience à l’aune du vrai savoir.

Le secret de commencer le Wird par la demande de pardon

Les savants expliquent que placer l’istighfar au commencement du Wird lave le cœur de ses taches et de ses fardeaux, afin qu’il devienne prêt à recevoir les lumières qui naissent des évocations qui suivent.

Vient ensuite la prière sur le Prophète avant la proclamation de l’unicité divine. Dans cet ordre, disent-ils, réside un secret subtil : la prière sur le Prophète balaie les traces résiduelles d’impureté demeurant encore dans le cœur, de sorte que l’âme se trouve préparée à supporter ce que la proclamation répétée de l’unicité divine produit comme réalités, subtilités, secrets et connaissances déversés depuis la Présence divine, à travers la réalité muhammadienne, sur des esprits lumineux et des formes corporelles ténébreuses.

Ils ajoutent qu’en cet agencement se trouvent de hautes subtilités et des secrets cachés, connus des seuls gens du goût, de l’amour et du désir ardent.

La différence entre le خطاب accordé à un prophète et le خطاب accordé à un saint

Les savants distinguent clairement entre la révélation prophétique et l’inspiration accordée aux saints.

Quant au prophète, la communication peut venir par l’entremise d’un ange, sans intermédiaire, par un songe véridique, ou comme une infusio directe dans le cœur. Tout cela s’appelle révélation et s’attribue véritablement à Dieu. Quiconque nie ce qui, de cette révélation, est connu nécessairement, se rend coupable de mécréance.

Quant au saint, ce qui est donné est quelque chose jeté dans le cœur, apportant quiétude et dilatation de la poitrine. C’est ce qu’on appelle parole intérieure ou inspiration. Le Prophète, que la paix et les bénédictions soient sur lui, a dit que parmi les nations qui nous ont précédés se trouvaient « ceux à qui l’on parlait intérieurement », et que s’il s’en trouve un dans cette communauté, c’est 'Umar. Dans une autre transmission, ils sont décrits comme étant interpellés sans être prophètes.

Voici donc la différence : la révélation relève de la prophétie, tandis que l’inspiration relève de la sainteté.

La Sunnah du chapelet de prière

Les savants affirment la légitimité du chapelet en citant des récits anciens.

Safiyya, la Mère des croyants, rapporta que le Prophète entra auprès d’elle alors qu’il y avait devant elle quatre mille noyaux de dattes avec lesquels elle glorifiait Dieu.

Il est également rapporté que Sa'd ibn Abi Waqqas utilisait des cailloux ou des noyaux de dattes pour le dhikr, qu’Abu al-Darda' avait une bourse de noyaux de dattes qu’il employait chaque matin, qu’Abu Hurayra conservait une bourse de cailloux ou de noyaux de dattes au même usage, et que Fatima, fille d’al-Husayn, tenait dans sa main une corde à nœuds pour le rappel.

Un récit est aussi mentionné de 'Ali, que Dieu ennoblisse son visage, disant : « Excellent est l’instrument du dhikr : le chapelet. »

Ainsi, l’usage de la sibha est présenté non comme une innovation opposée à la Sunnah, mais comme une pratique appuyée par le précédent et l’exercice dévotionnel.

L’importance de Salat al-Fatih

Les savants déclarent que Salat al-Fatih garantit le bien de ce monde et de l’autre à quiconque s’y tient avec constance, mais avec une autorisation valide.

Son rang extérieur, expliquent-ils, est accessible à quiconque la récite, avec permission ou sans permission, car son transmetteur, Sidi al-Bakri, a dit de lui-même que quiconque la récite une fois puis entre dans le Feu pourra le saisir devant Dieu. Il est aussi rapporté qu’une seule récitation équivaut à six cent mille récitations d’autres formules.

Cependant, Sīdī Aḥmad al-Tijānī a clarifié des dimensions de son rang que d’autres n’avaient pas expliquées. Celles-ci dépendent de l’intention du récitant. On peut la réciter sans viser aucune qualité spirituelle particulière, et l’on reçoit alors une récompense générale, comme les gens ordinaires reçoivent une récompense générale pour les bonnes œuvres. Mais le rang intérieur et le rang le plus intérieur exigent l’autorisation et la connaissance de l’excellence spécifique qui s’y attache. Par la connaissance de cette excellence, on obtient le degré supérieur, et c’est là l’une des raisons pour lesquelles l’adoration de l’homme savant surpasse.

Les savants avertissent donc que nul ne doit présumer de transmettre cette prière dans l’un de ses rangs spirituels sans autorisation.Quiconque agit ainsi risque de revendiquer une chose pour laquelle il n’a aucune permission, et se place ainsi parmi les privés.

La différence entre l’adoration, la servitude, et la servitude pure

Les savants distinguent entre trois notions apparentées mais différentes.

L’adoration est l’accomplissement, par le serviteur, d’œuvres de piété tout en recherchant une récompense.

La servitude est l’accomplissement d’œuvres de piété uniquement pour Dieu, dépouillé du désir de récompense et voué à Lui seul.

La servitude pure consiste à agir par Dieu. C’est le plus élevé de ces degrés, et, pour cette raison, le rang de la servitude pure possède une prééminence sur toutes les autres stations.

Cette distinction est brève, mais profonde. Elle marque la différence entre faire le bien pour un bénéfice, faire le bien pour Dieu, et être porté par Dieu dans l’acte lui-même.

Matières qui requièrent une permission particulière

Les savants disent que certaines choses requièrent absolument une autorisation spécifique et particulière, qu’elle vienne de Dieu, du Prophète ou du Shaykh, et qu’elle soit accordée dans le sommeil ou à l’état de veille.

Parmi ces choses figure l’édification d’une zawiya pour la récitation de la Wazifa. Un tel lieu ne doit pas être établi sans permission particulière, car, autrement, il peut s’y trouver un grave préjudice et une tromperie sérieuse.

De même, si les frères d’une ville, d’une région ou d’un village souhaitent commencer une récitation publique collective de la Wazifa dans un lieu où elle n’était pas auparavant établie, une telle initiative requiert elle aussi une permission. S’ils se rassemblent sans cette autorisation, les savants mettent en garde contre un danger sévère et des conséquences nuisibles, car la permission est une protection.

Connaître Celui qui est véritablement recherché

Sidi Ahmad Skiredj dit : Dieu est plus haut et plus majestueux que tout, et Il est Celui qui est recherché. Quiconque sait ce qu’il recherche trouve facile tout ce qu’il traverse.

Un autre vers dit : Gloire à Celui qui ne déçoit jamais celui qui Le recherche ; quiconque cherche Dieu avec sincérité Le trouve.

Les savants expliquent que si une œuvre est accomplie purement pour la Face de Dieu, alors Dieu l’accepte et met, dans les cœurs de Ses serviteurs, la réceptivité envers elle. Ils disent aussi : quiconque sert le Maître, les serviteurs eux-mêmes le servent.

Mais comment avance-t-on vers la présence de Dieu ? Ils citent le sens sacré : « Je suis avec ceux dont les cœurs sont brisés pour Ma cause. » Puis ils tirent une leçon subtile de la préposition arabe « bi », une lettre marquée par la kasra. Parce que cette lettre est inséparable d’un état d’abaissement, ils disent que Dieu l’a placée au commencement de la Basmala pour indiquer que nul n’avance en Sa présence sinon les gens de la brisure intérieure.

Comment être satisfait du décret divin

Les savants abordent un point théologique subtil concernant la manière dont on se rapporte à ce que Dieu a décrété.

Ils disent que la mécréance a un rapport à Dieu en tant qu’Il crée et fait exister toutes choses, et un autre rapport au serviteur en tant qu’elle devient l’attribut et l’état du serviteur. Elle est rejetée et condamnée selon le second rapport, non selon le premier. De même, on peut parler d’en être satisfait selon le premier rapport, au sens où l’on accepte le décret et la sagesse de Dieu, mais jamais selon le second rapport, au sens d’approuver la mécréance elle-même.

La différence est évidente : être satisfait qu’une chose procède du décret divin ne signifie pas approuver cette même chose comme un état blâmable dans la créature. Si tel était le cas, il faudrait approuver la mort des prophètes simplement parce qu’elle s’est produite par décret divin, et cela est faux par consensus.

Ils poursuivent : tout ce que Dieu n’approuve pas ne peut pas, en soi, être approuvé. Dieu dit qu’Il n’est pas satisfait de la mécréance pour Ses serviteurs. Par conséquent, aucun serviteur ne peut être satisfait de la mécréance en tant que mécréance. On ne peut qu’accepter le décret dans la mesure où il reflète la sagesse divine, la justice, et la correspondance de la volonté divine avec la science divine.

Ils citent ensuite Ibn 'Ata' Allah : chaque fois que Dieu te donne, Il te montre Sa bonté ; chaque fois qu’Il te prive, Il te montre Sa majesté irrésistible. En tout cela, Il se fait connaître à toi et Se tourne vers toi par Son soin subtil.

Réflexion de clôture

Ces perles offrent un portrait remarquablement équilibré de la voie tijanie.

C’est une voie de beauté, de gratitude, de discipline et de Loi. Elle honore les saints sans abandonner la balance de la Loi sacrée. Elle affirme l’inspiration tout en rejetant la delusion. Elle révère la maîtrise du Prophète tout en mettant en garde contre la témérité dans la controverse théologique. Elle valorise les litanies, l’autorisation, l’humilité et la brisure intérieure. Et elle ramène constamment le chercheur à la vérité centrale : Dieu est Celui qui est recherché.

De cette manière, les savants tijanis enseignent une spiritualité à la fois élevée et sobre, riche d’amour mais ferme dans le discernement, pleine d’ouvertures mais ancrée dans l’adab. Ce ne sont pas là des détails marginaux. Ils font partie des fondements qui préservent la dignité intérieure et la cohérence de la voie.

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